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Norman Reinhardt, Annemarie Kremer & Michael Kupfer-Radecky - photo: Edoardo Piva | Teatro Regio Torino

Le jeune homme et la mort

Violanta est le deuxième opéra de Korngold, qu'il composa à l'âge de 17 ans.

Le jeune prodige viennois Erich Wolfgang Korngold composa son opéra en un acte Violanta avant le succès mondial de Die tote Stadt. Salué comme « le plus grand espoir de la musique allemande moderne » par le compositeur italien Giacomo Puccini et qualifié de « génie musical » par Gustav Mahler, qui lui conseilla d'étudier avec Alexander von Zemlinsky, Korngold fut très tôt promis au succès. Composé à l'âge de 17 ans, l’opéra de Korngold emprunte indéniablement à de grands prédécesseurs comme Verdi et Wagner et à des contemporains tels que Strauss et son professeur Zemlinsky. Violanta est pourtant tout sauf une pâle imitation.

Cet opéra compte parmi les derniers chefs-d'œuvre du romantisme tardif du genre, dont il dévoile l’étendue des capacités.

Neue Zürcher Zeitung

Créé en 1916 à Munich sous la direction de Bruno Walter, Violanta apparut comme le pendant tragique du premier opéra comique de Korngold, The Ring of Polykrates. Plus de cent ans après sa création, l'œuvre est aujourd'hui redécouverte dans le cadre d'une renaissance internationale de Korngold et mise en scène pour la première fois en Italie au Teatro Regio Torino. On ne peut pas ignorer l'ironie du fait qu'une œuvre de jeunesse soit mise en scène et dirigée par deux doyens incontestés de l'opéra : le célèbre metteur en scène Pier Luigi Pizzi et le tout aussi célèbre chef d'orchestre Pinchas Steinberg.

Dans l'ensemble, la production respire la maturité, voire la décadence. Le cadre - un carnaval vénitien - ne fait que renforcer cette impression. Se déroulant à l'origine à la Renaissance, Pizzi déplace l'action dans les années 1920, l’époque de la création de l’œuvre. Les critiques sont unanimes : tous applaudissent la transposition de « cette sinistre histoire d'Éros et de Thanatos à la mode du Jugendstil qui semble inspirée du Teatro Regio lui-même » (Corriere della Sera).

L'action se déroule dans un somptueux intérieur pourpre, qui traduit les passions refoulées des personnages. En effet, Pizzi ne cède pas à la tentation de dessiner un tableau folklorique. L'homme de la Renaissance, qui a également conçu le décor et les costumes, interprète le cadre de façon métaphysique. Comme le souligne la Neue Zürcher Zeitung : « Sur la scène rouge, encadrée par de solides et lourds rideaux, un cercle noir attire l'œil dans les profondeurs, derrière lequel une gondole, telle une barque mortuaire, transporte Alfonso et les autres personnages du carnaval vers la maison de Violanta. » « L’énorme baie vitrée, où les eaux argentées de la lagune se reflètent dans une nuit d’encre, présage de mort » (Crescendo magazine) est le point central de la mise en scène, d'où des personnages excentriques peuvent apparaître comme des spectres venus d'un monde lointain. Alors que le carnaval bat son plein, la mise en scène se concentre sur le drame des trois personnages enfermés dans le cercle symbolique.

La musique participe à la création d'une atmosphère de menace et de tentation. Pinchas Steinberg « exalte les traits les plus modernes et straussiens de l'écriture de Korngold, de la somptuosité chromatique des moments les plus dramatiques et lyriques à un style de chambre plein de frissons fantomatiques » (GB Opera Magazine).

Korngold et Steinberg parviennent pleinement à transmettre l'atmosphère vénitienne : ce mélange d'émerveillement et de répulsion, un cadavre en décomposition couvert de pourpre et d'or, constitue la raison principale du charme authentique.

GB Opera Magazine

Violanta peut être considéré comme un opéra d'aliénation érotique. Les attitudes de Violanta se situent à la frontière entre raison et psychose. On peut discerner des sous-entendus freudiens dans ce mélange de pulsions et de refoulements qui anime la protagoniste. Après tout, Freud était une figure clé de l'environnement socioculturel juif viennois qui influença Korngold.

Là où Violanta est à la recherche d'une luxure voluptueuse, Alfonso est à la recherche d'un amour inconditionnel. Lorsque leurs voix s'entrelacent doucement en un duo à la fin de l'opéra, on peut sentir l'inspiration de Tristan et Iseult de Wagner dans le mélange d'amour épuisé et de désir extatique de mort. Comment Korngold pouvait-il être si perspicace à un si jeune âge ? L'art imite-t-il la vie, ou est-ce une incursion dans notre psyché ?