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T. Schaefer

Oper Stuttgart

L'Écume des jours

« Il y a seulement deux choses: c'est l'amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de Duke Ellington »  – Colin

Opéras | Denisov

Opéra chanté en français
Sous-titres disponibles en français, anglais, allemand

Disponible à partir du
29.09.2017 at 05h15 CET

jusqu'au
21.01.2018 at 23h59 CET

ColinEd Lyon
ChloéRebecca von Lipinski
Le sourisSébastien Dutrieux
NicolasArnaud Richard
ChickDaniel Kluge
AliseSophie Marilley
IsisNozuko Teto
Le prêtre / Pégase / le sénéchalMarcel Beekman
CoriolanPadraic Rowan
Le pangolin / le pharmacienDirk Schmeding
Le docteur MangemancheRoland Bracht
Directeur de l'arsenalKarl-Friedrich Dürr
La filleJeanne Seguin
JésusMark Munkittrick
La chatteManja Kuhl
ChœursStaatsopernchor Stuttgart
OrchestreStaatsorchester Stuttgart


MusiqueEdison Denisov
LivretEdison Denisov
Direction musicaleSylvain Cambreling
Mise en scèneJossi Wieler, Sergio Morabito
DécorsJens Kilian
CostumesAnja Rabes
LumièresReinhard Traub
Chef des ChœursJohannes Knecht
Réalisation vidéoChris Kondek
Oper Stuttgart

Il y a Colin. Et il y a Chloé.
Il y a Chick. Et il y a Alise.
Il y a Nicolas avec son pianocktail magique.
Il y a le philosophe Jean-Sol Partre, et la petite souris grise, et il y a le Paris d’après-guerre, et il y a du jazz.
Et puis il y a ce sinistre nénufar qui grandit dans le poumon de Chloé.

Paris, après la guerre. Un nouveau sentiment de liberté imprègne la ville: tout est possible, même les choses les plus surréalistes. Les jeunes parisiens regorgent de joie de vivre, ils veulent faire la fête, écouter du jazz, tomber amoureux.

Le jeune et riche Colin est de ceux-là (« Ah! Comme la vie serait triste si l'on ne pouvait pas chanter!  »). Tandis qu’il dîne avec son ami Chick, son majordome Nicolas montre son nouvel engin, le pianocktail, qui prépare des cocktails inspirés de musique jouée. Colin confie à Chick qu'il a rêvé d'une fille qu'il veut rencontrer. Chick souhaiterait aussi tomber amoureux: il a rencontré Alise, la nièce de Nicolas, lors d'une conférence de Jean-Sol Partre (un jeu de mots sur le nom du philosophe existentialiste).

Le lendemain, à la patinoire, Chick et Colin rencontrent Alise et Isis, qui les invite à la fête d'anniversaire de son caniche (« Ne vous mariez pas, les filles! »). Alise indique clairement à Chick qu'elle a l'intention de ne pas l'épouser parce qu'il est trop obsédé par Partre. À la fête, Colin rencontre Chloé, qu'il reconnaît comme la fille de ses rêves. Colin et Chloé s’échappent pour se promener dans la ville, puis ils montent sur un nuage rose qui les empêche d'être vus par les autres. Ils tombent amoureux (« Chloé, vos lèvres sont douces »).

Chloé, Alise et Isis se préparent pour le mariage; tout le monde éclate de joie et d'amour.

Ce bonheur, cependant, ne durera pas longtemps.

Alors que Colin et Chloé partent en voyage de noces, Chloé a une vision de monstres, de saleté et de fumée. De retour à Paris, elle se plaint d'une douleur dans la poitrine. La maison personnifiée commence à se comporter bizarrement: les carreaux ont du mal à respirer et les murs également semblent avoir commencé à rétrécir. Le médecin fait un diagnostic fatal: Chloé a un nénufar qui pousse dans le poumon. Le seul remède possible est de l'entourer constamment de fleurs plus jolies afin qu’il ne continue pas à pousser. Sur le lit de Chloé, Colin la console en lisant un roman sur Tristan et Isolde (« Et Iseut s'écrie: Hélas »).

Pour payer les factures du fleuriste qui continuent à monter, Colin finit par travailler à l'usine militaire, où il cultive des armes à partir de graines. Pendant ce temps, Chloé ne s'améliore pas. Alise entre dans la chambre encombrée de fleurs et informe Colin que Chick a dépensé tout son argent sur les livres de Jean-Sol Partre et qu'il veut la quitter.

Les policiers vont à la maison de Chick pour confisquer sa propriété; un combat se produit, dans lequel Chick meurt en défendant ses livres. Désespérée, Alise met feu aux librairies présentant des livres de Jean-Sol Partre. Paris brûle.

Chloé est morte. Colin est désespéré. Il discute avec Jésus de la futilité de toutes ces morts (« Agnus Dei »). La souris de la maison veut aussi mourir et demande à la chatte de l’aider, mais elle n'est pas convaincue (« Vraiment, ça ne m'intéresse pas énormément »). Une fille aveugle qui descend dans les rues marche sur la queue de la chatte: la chatte ferme sa bouche autour de la tête de la souris.

Publié en 1947, le roman de Boris Vian L'Écume des Jours  a capturé les cœurs et l'imagination de chaque génération depuis. L'histoire a été transposée à plusieurs reprises au cinéma (récemment, par le célèbre cinéaste français Michel Gondry), au théâtre, et finalement à l'opéra par le compositeur soviétique Edison Denisov en 1981.

L'histoire en elle-même est très simple: tout comme La Bohème de Puccini, L'Écume raconte une histoire de jeunes bohémiens qui termine en tragédie. Tout comme Mimì ou Violetta de La Traviata, Chloé souffre d'une maladie mortelle dans ses poumons. Au début, l'opéra est joyeux et plein de l'élan vital des protagonistes, mais à fur et à mesure que la tragédie approche, la musique devient de plus en plus sombre. Au début Colin est riche, il semble avoir tout: mais il ne lui reste rien après avoir essayé de guérir sa Chloé bien-aimée. Chick lui aussi perd tout, et Alise avec lui. Même la souris de la maison devra se sacrifier ...

C'est l'imagerie poétique et fantastique qui habite le monde de L'Écume qui rend cet opéra si unique et émouvant: les ingénieurs gagnant moins que les ouvriers; des lapins mécaniques distributeurs de médicaments; nuages ​​roses; des souris parlantes et des maisons qui se rétrécissent. Cette liberté narrative totale était un terrain fertile pour Denisov, qui cherchait à élargir son monde musical au-delà des dures lignes imposées par le Réalisme socialiste.

Denisov était fasciné par la musique d'Europe occidentale et surtout par la musique et la culture françaises. En fait, L'Écume des jours n'était pas la première oeuvre de Vian que Denisov avait décidé de mettre en musique: en 1973, il avait écrit la cantate La Vie en Rouge à partir du poème du même nom. Cette attraction pour l’Ouest avait fait de Denisov persona non grata dans son propre pays, où en 1979 il était mis sur la liste noire pour sa participation non approuvée à certains festivals de musique soviétique en Europe. Bien qu'il ait conservé une relation avec la musique russe, ses compositeurs et ses motifs, il trouva une deuxième patrie à Paris, où son opéra fut créé en 1986 à l'Opéra-Comique.

La double citoyenneté artistique de Denisov est très évidente dans la construction musicale de L'Écume des jours, avec de grands chœurs liturgiques d'inspiration russe donnant la voie à des motifs inspirés du jazz, des hommages au Tristan und Isolde de Wagner et au son du zvon, les cloches russes.

Depuis sa création en 1986, l'opéra a rarement été mis en scène. OperaVision et Oper Stuttgart vous offrent une occasion rare de le voir dans son intégralité. Le directeur musical Jossi Wieler et le réalisateur Sergio Morabito font ressortir les éléments contemporains du drame dans un travail qui se déplace librement entre la musique classique contemporaine, le serialisme, l'opéra et le jazz.