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Iko Freese | drama-berlin.de

Komische Oper Berlin

Tempêtes de printemps

La dernière opérette de la République de Weimar est de retour !

Opéras | Weinberger

Dans une Mandchourie mouvementée, des espions japonais infiltrent le commandement de l'armée russe, une jeune veuve fait tourner la tête des officiers, et un abject journaliste allemand friand de plaisanteries douteuses tente de piéger la fille insolente du général.

 

Composé par le célèbre compositeur tchèque juif Jaromír Weinberger, Tempêtes de printemps fut créé à Berlin dix jours à peine avant la prise du pouvoir par les nationaux-socialistes. Cette opérette unique en son genre ne fut par la suite plus jamais jouée. Aujourd'hui, 87 ans plus tard, elle renaît de ses cendres avec cette nouvelle production de Barrie Kosky.

Chanté en allemand

 

Sous-titres bientôt disponibles en allemand, anglais, français et turc, et possibilité de traduire automatiquement dans plus de cent autres langues.

Disponible à partir du
25.01.2020 à 19h00 CET

jusqu'au
24.07.2020 à 12h00 CET

Général Wladimir KatschalowStefan Kurt
TatjanaAlma Sadé
Lydia PawlowskaVera-Lotte Boecker
Roderich ZirbitzDominik Köninger
ItoTansel Akzeybek
Grand Duc MichailowitschLuca Schaub
Shibato et directeur d'hôtelArne Gottschling
Kawa-Kami et PeterYannik Heckmann
Colonel BaltshevTino Lindenberg
Capitaine StrotzkySascha Goepel
DanseusesAlessandra Bizzarri, Claudia Greco, Marika Gangemi, Martina Borroni, Azzurra Adinolfi, Jaslyn Reader, Lauren Mayer, Sophie Merrison, Meri Ahmaniemi, Tara Randell, Livia Delgado, Sarah Stanley
Capitaine de danse/SwingSara Pamploni
OrchestreKomische Oper Berlin


MusiqueJaromír Weinberger
LivretGustav Beer
Direction musicaleJordan de Souza
Mise en scèneBarrie Kosky
CostumesDinah Ehm
ChorégraphieOtto Pichler
DramaturgieUlrich Lenz
Décors et lumièresKlaus Grünberg
Associée DécorsAnne Kuhn

Première partie

Au quartier général de l'armée russe en Mandchourie, des officiers préparent une attaque imminente contre l'ennemi japonais. Malgré la situation tendue, Lydia Pawlowska, une jeune veuve originaire de Saint-Pétersbourg, organise un bal ce soir-là. Le commandant en chef russe, le général Katschalow, refuse l'invitation en raison des circonstances politiques, bien qu'il soit en réalité contrarié du fait que Lydia ait repoussé ses avances. Son confident, le colonel Baltischev, chef des services secrets militaires, voit clair dans son jeu. Bien qu'il soupçonne Lydia d'espionnage en raison de ses liens d'avant-guerre avec un officier japonais, il a lui-même posé les yeux sur elle.

Sous une fausse identité, le correspondant de guerre allemand Roderich Zirbitz s'est infiltré au sein du quartier général russe à la recherche d'informations. Cependant, il est rapidement démasqué et doit subir la colère du général Katschalow. Alors que Tatjana, la fille du général, fait les yeux doux à Roderich, Katschalow assigne cette dernière à résidence et lui interdit de se rendre au bal de Lydia.

Lydia, quant à elle, parvient, avec une aisance désarmante, à convaincre le général de se rendre au bal. Au bal, Lydia reconnaît le major japonais Ito, l'officier qui l'avait courtisée à Saint-Pétersbourg, déguisé en domestique chinois afin d'espionner le quartier général russe. Bien que la guerre les oppose, leur passion, jusque-là étouffée, reprend de plus belle.

Le général Katschalow perturbe involontairement une rencontre aux airs de conspiration entre Ito et deux autres espions japonais, qui finissent par le dominer. Lydia revient, accompagnée de nombreux officiers russes, renversant la situation. Cela plonge Lydia dans un conflit moral, car Ito et ses partisans risquent la peine de mort. Elle balaye ses pensées troublées et continue à agir en charmante hôtesse. Ignorant l'interdiction de son père, Tatjana se rend également au bal, où Roderich, déguisé en magicien chinois, continue à lui faire des avances. Échappant à la détention, Ito se réfugie chez Lydia, qui le cache du colonel Baltischev et de ses partisans. Ito lui déclare à nouveau sa flamme.

Deuxième partie

Pour pouvoir passer à travers les lignes ennemies et se mettre lui et ses camarades en sécurité, Ito a besoin d’un mot de passe. Lydia promet de le découvrir en invitant le général Katschalow à un tête-à-tête intime après le bal. Alors qu’elle essaie de l'amadouer, Katschalow se méfie et lui donne un faux mot de passe au lieu du véritable code : « Tempêtes de printemps ». Lydia essaie de faire patienter Katschalow le plus longtemps possible, mais Ito ayant donné un mauvais mot de passe, il est capturé et condamné à mort. Pensant que Lydia est la maîtresse du général, il est furieux de sa trahison. Katschalow laisse alors entendre qu’il pourrait le libérer si Lydia cède à ses avances. Celle-ci hésite puis accepte.

Plus tard, tous se retrouvent dans un hôtel de San Remo pour négocier la paix. Ayant libéré Ito, Katschalow n’a plus la faveur de son supérieur, le Grand Duc Mikhailovitch. Ito, lui, a été promu au poste de colonel et est désormais le négociateur de sa délégation nationale à San Remo. Entre-temps, Roderich a enlevé Tatjana de l'internat suisse dans lequel son père l'avait placée. Ils se retrouvent également à San Remo, où Tatjana doit se cacher de son père.

Lydia est venue pour sauver la réputation de Katschalow. Même si le général russe a prouvé qu'il était un gentleman en n’ayant rien demandé en échange de la libération d'Ito, elle ne veut pas nier pas les rumeurs afin que Katschalow ne passe pas pour un homme dominé par ses sentiments amoureux. Le général la demande en mariage et elle accepte, à sa grande surprise. Mais peu de temps après, elle se retrouve nez à nez avec Ito. Après avoir réglé leurs malentendus, Lydia espère un futur à ses côtés et rejette à nouveau Katschalow. Mais lorsque Lydia rencontre une Japonaise, qui s'avère être la femme d'Ito, Sayuri, elle se rend compte que ses projets de vie à deux s’avèrent impossibles. Entre-temps, Roderich et Tatjana se sont mariés en secret et demandent la bénédiction de Katschalow, qui est furieux. Lydia apaise ce dernier, qui accepte finalement le mariage. Quant à Ito, il jette un dernier regard nostalgique à Lydia avant de suivre Sayuri.

5 clés pour aborder Tempêtes de printemps

1° Une œuvre très attendue

Bien qu'aujourd'hui tombée dans l'oubli, l'opérette de Jaromír Weinberger, Tempêtes de printemps (1933), connut un grand succès en son temps. Weinberger avait acquis une renommée internationale grâce à son opéra Schwanda, le joueur de cornemuse (1927). Après sa création au National Theatre Prague, il fut joué dans toute l'Europe et même jusqu'à New York et Buenos Aires. Au cours de la saison 1929-1930, Schwanda fut l'opéra le plus joué sur les scènes allemandes, surpassant même les représentations de Mozart ou Wagner. Suite à ce succès, Tempêtes de printemps, la prochaine grande œuvre de Weinberger, était naturellement attendue avec impatience.

L'opérette se démarque par son originalité, tant sur le plan musical que sur celui de l'intrigue. Situer l'histoire en 1904-1905, en pleine guerre russo-japonaise en Mandchourie, moins de 30 ans après les événements macabres que l’on connaît, constituait une déclaration particulièrement audacieuse du librettiste Gustav Beer étant donné la récente occupation de la région par les Japonais.

2° Un succès de courte durée

La première de Tempêtes de printemps eut lieu au Admiralspalast de Berlin le 20 janvier 1933, pratiquement au même moment que l’opérette Ball at the Savoy de Paul Abraham, et présentait certains des chanteurs les plus populaires de l'époque. Richard Tauber, peut-être le ténor le plus célèbre de l'époque, jouait Ito, l'espion japonais, tandis que la célèbre soprano tchèque Jarmila Novotná incarnait la jeune veuve Lydia Pawlowska. Novotná venait de jouer en 1932 le rôle-titre dans la version cinématographique de Max Ophuls de La Fiancée vendue de Smetana, le premier film sonore d'opéra jamais produit. Lors de la première, des extraits de Tempêtes de printemps étaient déjà disponibles sur disques 78 tours.

Pourtant, le rideau tomba rapidement sur l'opérette de Weinberger. Celle-ci fut jouée le soir où Adolf Hitler prêta serment comme chancelier, puis le soir de l'incendie du Reichstag, et à peine deux semaines plus tard, elle fut jouée pour la dernière fois. Tauber, Oskar Homolka, qui incarnait le général Katschalow, et les autres membres juifs de la distribution quittèrent bientôt l'Allemagne et l'Europe, tout comme Weinberger et Beer.

3° Le général Katschalow : un rôle parlé singulier

Il est remarquable que le rôle du général Katschalow soit un rôle parlé. Aurait-il été écrit spécifiquement pour le célèbre acteur autrichien Oskar Homolka, qui fit ensuite carrière à Hollywood et fut nommé aux Academy Awards ?

Selon Barrie Kosky, le metteur en scène de cette production, ce choix est probablement motivé par le paysage musical de Tempêtes de printemps, qui suit si clairement le « modèle typique de l'opérette présentant un couple buffo, formé par Roderich et Tatjana, ainsi que le couple romantique de Ito et Lydia, dont ni Weinberger ni Gustav Beer ne souhaitaient perturber les langages musicaux en ajoutant un autre rôle principal de chanteur ».

4° Une seconde vie

La partition complète originale ainsi que la plupart des parties orchestrales furent perdues. Seuls la réduction pour piano, la partie de grosse caisse et un livre de régie détaillé contenant le livret restèrent intacts. Le pianiste et arrangeur Norbert Biermann utilise ces éléments ainsi que les enregistrements sur disque pour reconstituer l'orchestration manquante et composer de nouveaux extraits pour la production du Komische Oper Berlin. Ces matériaux supplémentaires comprennent un interlude à la seconde partie après la pause et un nouveau quatuor pour les quatre rôles principaux vers la fin. Biermann transforme également l’extrait de Tatjana « Geliebter, hör das Lied », accompagné à l’origine par un chœur, en un duo avec Lydia, et y insère des extensions instrumentales pour les chorégraphies.

Biermann explique à quel point la musique de Tempêtes de printemps l’enchante : « Elle combine la musique de ‘l'âge d'argent de l'opérette’ et des éléments de jazz du début des années 1930, des sonorités d'Extrême-Orient, le folklore de Bohème, la mélancolie slave, le charme viennois, le fox-trot et le tango. C’est ce mélange de styles différents qui rend Tempêtes de printemps si unique ».

5° Un artefact culturel formidablement complexe

Depuis The Geisha (1896) de Sidney Jones, les opérettes se livrent à un orientalisme à la Madame Butterfly. Le Pays du sourire (1929) de Franz Lehár a clairement servi de source d'inspiration à Tempêtes de printemps. Mais là encore, Tempêtes de printemps ne suit pas le modèle attendu. Le metteur en scène Barrie Kosky souligne que « cela se passe en Mandchourie chinoise, non pas dans un temple mais bien au sein des quartiers généraux russes. C'est un élément intéressant : un compositeur tchèque juif compose une opérette allemande qui se déroule en Mandchourie et présentant des généraux russes et des espions japonais qui se déguisent en Chinois. Je pense que c'est un artefact culturel formidablement complexe ».