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Walpurgis

Un opéra salvateur pour enfants d’aujourd’hui

Fidelio, une histoire qui se poursuit

Une interview de Judith Vindevogel, metteuse en scène (et fondatrice de WALPURGIS)

Depuis 2001, ma compagnie WALPURGIS et moi-même sortons régulièrement un classique de l’opéra de notre bibliothèque pour en séparer le texte de la musique, par pure curiosité et avec beaucoup de plaisir de jeu, de sorte que son contenu puisse entrer de manière nouvelle en résonance avec nous et avec notre époque.

En 2011, nous nous sommes plongés pour la première fois dans Fidelio, le seul opéra que Beethoven ait composé et qu’il n’a eu de cesse de peaufiner pendant de longues années. Depuis, cet opéra ne nous lâche plus non plus. Après une lecture concertante du livret à laquelle ont pris part cinq acteurs, deux sopranos et un baryton-basse, une pianiste, un chœur composé de demandeurs d’asile et une fanfare, nous avons travaillé à l’automne 2015 à une adaptation musicale/théâtrale de Fidelio pour enfants. Cinq jours avant la première au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, la France a été frappée de plein fouet par une série d’attentats terroristes qui ont coûté la vie à 129 personnes et blessé plus de 350 personnes. Soudain, notre Fidelio n’est plus un opéra-conte, mais un témoignage de ce que la violence impitoyable (politique et religieuse) peut faire d’un être humain.

Notre Fidelio n’est plus un opéra-conte, mais un témoignage de ce que la violence impitoyable (politique et religieuse) peut faire d’un être humain.

Judith Vindevogel, metteuse en scène (et fondatrice de WALPURGIS)

L’état d’urgence est décrété et toutes les représentations scolaires sont annulées. Nous décidons donc d’effectuer une version ‘unplugged’, sans décor. Avec les deux sopranos (Léonore et Marcelline), le baryton-basse (Rocco/Pizarro), la marionnette (Florestan), le pianiste, un narrateur supplémentaire et quelques accessoires (une paire de ciseaux, quelques costumes, la lettre d’amour de Marcelline, un petit écran de projection, un pistolet en bois et le masque doré de Pizarro), nous allons d’école en école pour raconter comment Léonore parvient à libérer son ami Florestan des griffes meurtrières du tyran Pizarro. À la mi-décembre 2015, nous obtenons enfin le feu vert pour partir en tournée avec le spectacle. Entre novembre 2015 et janvier 2020, nous avons donné 185 représentations pour quelque 19 000 enfants et adultes (vulnérables). Néanmoins, il nous apparaît que nous n’en avons pas fini avec l’histoire de Fidelio. Aiguillonnés par la demande d’Opera Europa de filmer notre spectacle de théâtre musique, nous entamons en 2020 la création d’un dessin animé dans lequel nous tentons à nouveau de saisir l’esprit de Fidelio.

Liberté, égalité et fraternité

L’œuvre de Beethoven exprime un grand engagement politique. À l’âge de vingt ans, il suit avec beaucoup d’intérêt la Révolution française qui entraîne de profonds bouleversements politiques, provoque une guerre civile et aboutit au régime de la Terreur. Entre juin et octobre 1803, Beethoven écrit sa Symphonie n° 3, l’Héroïque, qu’il dédie à Napoléon, le libérateur du peuple français en qui il voit un grand homme d’État. Mais en décembre 1804, Napoléon s’autoproclame empereur. Beethoven est horrifié.

Que reste-t-il des idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité que nous tenons en si haute estime ? Comment veiller à ce que cela ne devienne pas des mots creux ou naïfs, des pensées inactives et inoffensives ? Comment endiguer l’inégalité sociale et économique croissante, le durcissement, la polarisation et le racisme ? Comment traduire nos idéaux en actes ? Comment veiller à ne pas retomber dans l’intolérance et le fanatisme et comment ne pas se rendre coupable de violence ?

▶ Fidelio - Regardez l'œuvre complète sur OperaVision entre le 24 octobre 2020 et le 23 avril 2021.