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ROH | Mike Hoban 2010

Royal Opera House

Così fan tutte

Passez l'amour à la loupe, vous y trouverez une ribambelle d'illusions.

Flash-back | Mozart

Ce spectacle n'est plus disponible en vidéo à la demande, mais vous pouvez encore profiter des contenus annexes à la production.

Contenant quelques-uns des plus beaux airs et morceaux d'ensemble de tout l'opéra, Così fan tutte regorge à la fois de pathos et d'humour. Le regard amusé et compatissant de Mozart et Da Ponte sur l'amour adolescent a contribué, de tous temps, à assurer sa popularité.

 

La production originale de Jonathan Miller pour Covent Garden en 1995 est chère au cœur du public londonien. La nécessité, dit-on, est mère de toute invention. N'ayant plus d'argent pour les costumes, Miller eut l’idée géniale de demander à Giorgio Armani de lui prêter main forte...

FerrandoPavol Breslik
GuglielmoStéphane Degout
Don AlfonsoThomas Allen
FiordiligiMaria Bengtsson
DorabellaJurgita Adamonytė
DespinaRebecca Evans
OrchestreOrchestre du Royal Opera House


MusiqueWolfgang Amadeus Mozart
LivretLorenzo Da Ponte
Direction musicaleThomas Hengelbrock
Mise en scèneJonathan Miller
DécorsJonathan Miller, Tim Blazdell, Andrew Jameson, Colin Maxwell, Catherine Smith and Antony Waterman
CostumesGiorgio Armani
LumièresJohn Charlton
Fortepiano continuoChristopher Willis

Acte I

Don Alfonso, un vieux philosophe, explique à ses jeunes amis Ferrando et Guglielmo que les femmes sont infidèles et qu'on ne peut pas leur faire confiance. Outrés, Ferrando et Guglielmo se vantent de la constance de leurs fiancées respectives. Don Alfonso leur propose alors de mettre leur fidélité à l'épreuve et d’annoncer aux jeunes femmes, les sœurs Dorabella et Fiordiligi, que leurs fiancés s’en vont. Quant à ces derniers, ils doivent promettre de ne rien révéler à leurs fiancées.

Selon le plan de Don Alfonso, les deux hommes prétenderont avoir été appelés à la guerre. Pendant que les jeunes femmes pleureront leur absence, les hommes reviendront déguisés et tenteront de séduire la fiancée de l'autre. S'ils réussissent, Alfonso remportera le pari.

La servante Despina suggère aux soeurs de s’amuser avec d’autres hommes en l'absence de leurs fiancés. Alfonso soudoye Despina pour l'aider dans son projet. Il lui annonce l’arrivée de deux « Albanais » qui sont impatients de rencontrer les jeunes femmes. Despina accepte de les présenter à Dorabella et Fiordiligi. Devant les tentatives des faux Albanais, les deux femmes offensées restent de marbre. Les deux amis se réjouissent de voir échouer le plan de Don Alfonso, mais Alfonso reste confiant...

Acte II

La ruse de Don Alfonso commence en effet à fonctionner. Si les sœurs prétendent être scandalisées par la suggestion de Despina, elles sont pourtant tentées. Dorabella convainc Fiordiligi qu'il pourrait être amusant d'emmener les jeunes hommes faire un tour, chacune choisissant à son insu le fiancé de l'autre. Guglielmo parvient rapidement à charmer Dorabella.

Bien qu'elle résiste plus longtemps que sa soeur, Fiordiligi finit par céder aux avances de Ferrando. Alfonso suggère que les deux hommes pourraient tout aussi bien épouser les soeurs. Au moment où Despina, déguisée en notaire, établit un faux certificat de mariage pour les nouveaux couples, une trompette annonce le retour de leurs vrais fiancés.

Les deux amis réapparaissent sans leurs déguisements et prétendent être choqués par la situation, avant de dévoiler leur complot. Les jeunes femmes se rendent enfin compte qu'elles ont été trompées. Alfonso déclare à l'assemblée que c’est un mal pour un bien : ils ont tous montré leur vrai visage et devraient en rire. Les couples se pardonnent et se réunissent à nouveau. L'atmosphère est néanmoins tendue. La méfiance et la trahison pourront-elles jamais être vraiment oubliées ?

5 clés pour aborder Così fan tutte

1° L'École des amants

Intitulé à l'origine La Scuola degli Amanti – L'École des amants, Così fan tutte présente une certaine morale malgré un sujet léger, voire frivole. Après tout, Alfonso n'enseigne-t-il pas aux jeunes hommes la prétendue vérité sur l'inconstance des femmes ? Les intrigues d’échange de couples n'étaient pas une nouveauté à Vienne, puisqu'on pouvait y voir, entre autres, des représentations de La Grotta di Trofonio d'Antonio Salieri et du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare. Pourtant, les échanges de partenaires dans les œuvres précédentes se produisaient grâce à une intervention surnaturelle. On ne trouve ici pas de telles circonstances atténuantes et les personnages doivent répondre eux-mêmes de leurs actes.

2° Une comédie légère ?

Des trois livrets que Lorenzo Da Ponte fournit à Mozart, seul Così fan tutte n'est pas adapté d'une source antérieure, et aucune pièce célèbre ou personnage libertin n'ont servi d'inspiration. Da Ponte proposa d’abord son livret au célèbre compositeur de cour Antonio Salieri, qui le refusa. Mozart, en revanche, décela la thématique fondamentale de l’histoire malgré son apparente superficialité. En effet, Così fan tutte ne remet en cause rien de moins que les principes d'amour, de vertu et de loyauté. Selon le critique littéraire Edward Said, « Des trois opéras de Da Ponte, Così fan tutte est le plus difficile à décoder, précisément parce qu'il va plus loin que ses deux prédécesseurs et repousse les limites des expériences acceptables et ordinaires de l'amour, de la vie et des idées ».

3° Un univers dépourvu de toute rédemption

À l’époque où ils collaborèrent pour Così fan tutte, Mozart et Da Ponte étaient tous deux fondamentalement désillusionnés par la philosophie des Lumières. Le mouvement intellectuel, qui avait été le fil conducteur des premiers opéras de Mozart, s'avéra insuffisant. Privées d'un cadre émotionnel ou moral, les sœurs s’avèrent impuissantes face à leurs propres sentiments. Bien que Don Alfonso fasse réciter aux jeunes couples son credo « Heureux celui qui prend tout par le bon côté, et qui laisse la raison le guider à travers les événements et les épreuves », il ressort clairement de la musique endiablée de Mozart que lui-même ne croit plus en la raison. Comme nous le dit Said, « Mozart ne s'est jamais autant approché de la vision terrifiante que lui et Da Ponte semblaient avoir découverte d'un univers dépourvu de toute possibilité de rédemption ou d’atténuation ».

4° Une production Armani

Nicholas Payne, qui commanda la production lorsqu’il était encore directeur du Royal Opera, se souvient de l'origine de la mise en scène de Covent Garden en 1995 : « Il y avait deux préceptes principaux : elle devait être contemporaine, comme elle l'avait été pour Mozart et Da Ponte en 1790 ; et elle devait être au plus proche du public. Jonathan Miller dut mettre en scène l’opéra avec un budget minuscule, mais il n'y avait plus d'argent pour les costumes. Il eut l'idée géniale de demander à Giorgio Armani de les lui fournir, alors je l'ai envoyé à Milan où il su charmer le grand couturier pour qu'il les lui offre gratuitement. Le spectacle a fait salle comble, nous avons donc prévu une reprise pour la saison d’après. Mais Armani était horrifié à l'idée de montrer ‘la collection de la saison dernière’, et il a donc insisté pour fournir un tout nouvel ensemble de costumes pour la représentation. Ce que nous avions envisagé comme une solution à court terme fut si populaire auprès du public qu’elle était toujours réutilisée 15 ans plus tard. »

5° Une version des plus récentes

Jonathan Miller n’a pas hésité à adapter à maintes reprises son interprétation contemporaine de Così fan tutte. Comme certains peuvent le penser, une mise en scène qui présente des cadres et des jeunes citadines pianotant sur leurs ordinateurs portables et leurs iPhones pourrait vite sembler démodée. Et pourtant, cette adaptation de la production ne distrait pas, mais permet plutôt au public de se concentrer sur le thème sous-jacent de l'opéra. « Je sais de quoi il s'agit ». explique le metteur en scène Jonathan Miller dans une interview. « Ce n'est pas une question de fidélité, mais d'identité. Il s'agit du moment où vous changez d’apparence et prétendez être quelqu'un d'autre jusqu’à découvrir que vous êtes quelqu'un d'autre ».