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Christian Kleiner

Nationaltheater Mannheim

Hippolyte et Aricie

L'histoire d'une passion qui menace d’entraîner toute une famille dans les abîmes

Flash-back | Rameau

Ce spectacle n'est plus disponible en vidéo à la demande, mais vous pouvez encore profiter des contenus annexes à la production.

Phèdre aime Hippolyte, mais Hippolyte aime Aricie. Et il s’avère qu’Hippolyte n’est nul autre que le fils de Thésée, le mari de Phèdre.

 

Rameau raconte son histoire avec une force expressive qui lui vaut la réputation de révolutionnaire lors de la première en 1733. La richesse de ses harmonies, rythmes et mélodies s'étend sur tout un univers depuis les enfers jusqu’aux cieux, que le metteur en scène Lorenzo Fioroni, avec le spécialiste de la musique baroque Bernhard Forck, saisit dans des images spectaculaires qui fusionnent musique, texte, film et danse en une nouvelle unité.

AricieAmelia Scicolone
PhèdreSophie Rennert
Oenone / AmourMarie-Belle Sandis
DianeEstelle Kruger
HippolyteCharles Sy
ThéséeNikola Diskić
TisiphoneUwe Eikötter
Jupiter / PlutonPatrick Zielke
Première ParqueChristopher Diffey
Deuxième ParqueRaphael Wittmer
Troisième ParqueMarcel Brunner
Manifestants, entreprise, etcFigurants et chœur de mouvements du Nationaltheater Mannheim
ChœursChœur de l'opéra du Nationaltheater Mannheim
OrchestreOrchestre du Nationaltheater Mannheim


MusiqueJean-Philippe Rameau
TexteSimon-Joseph Pellegrin (d'après Jean Racine)
Direction musicaleBernhard Forck
Mise en scèneLorenzo Fioroni
DécorsPaul Zoller, Loriana Casagrande
CostumesKatharina Gault
LumièresFlorian Arnholdt
ChorégraphiePascale-Sabine Chevroton
Chef des ChœursDani Juris
DramaturgieCordula Demattio
Vidéo (scène)Christian Weissenberger
Production du filmklangmalerei.tv GmbH

Prologue

La machinerie du théâtre prend vie et se met en mouvement : couche après couche, un monde émerge dans lequel des personnages du présent rencontrent des personnages qui, comme un vieux Louis XIV, semblent venir du passé. Amour accueille son public en maître de cérémonie et raconte la beauté et la violence de l'amour. En trois coups, le vieux roi donne le signal du début de l'ouverture.

Acte 1 : la rage de Phèdre

Aricie est retenue à la cour de Thésée. Phèdre la presse de prêter serment à Diane et d'être ainsi séparée d'Hippolyte pour toujours. Phèdre, jalouse, soupçonne à juste titre une attirance entre les deux. Lorsque Aricie refuse de prêter serment, soutenue par Diane et la cour, Phèdre ne peut plus se retenir. Après un accès de colère, elle se retrouve seule.

Dans cet état d'esprit, la nouvelle de la mort de son mari Thésée parvient à Phèdre. Oenone redonne espoir à sa maîtresse : plus rien ne s'oppose désormais à une union avec son beau-fils Hippolyte.

Acte 2 : Thésée aux enfers

Thésée a gagné l'accès aux enfers. Il est à la recherche de son ami Perithoos, qu'il veut libérer du royaume des morts. Ses négociations avec Pluton et son serviteur Tisiphone n'aboutissent à rien ; au contraire, Thésée découvre les horreurs du monde souterrain dans toute leur brutalité. Un défilé sinistre passe devant lui comme un cauchemar et ce n'est qu'avec l'aide de Neptune que Thésée parvient à se libérer des griffes de Pluton. Les trois Parques, qui tissent le fil du destin et tiennent la destinée du monde entre leurs mains, prophétisent des choses terribles.

Acte 3 : le retour du roi

Phèdre attend avec un mélange de crainte et de détermination la rencontre avec Hippolyte organisée par Oenone. Lorsqu'il arrive enfin, elle lui révèle son amour, ce à quoi il réagit avec dégoût. Au moment où la situation s'envenime, Thésée apparaît. Il ne peut interpréter ce qui s'est passé, mais Oenone dirige les soupçons vers Hippolyte. Il a essayé de séduire sa belle-mère. Thésée maudit le fils et demande aux dieux de tuer Hippolyte. La société de la cour se rassemble pour célébrer le retour de leur roi.

Acte 4 : la fuite et la mort

Ensemble, Hippolyte et Aricie veulent fuir. Ils montent dans le carrosse qui doit les emmener vers la liberté, mais un accident se produit et Hippolyte ne survit pas. Convoquée par les lamentations des passants, Phèdre apparaît sur les lieux de l'accident. Déchirée par la culpabilité, elle se suicide publiquement.

Acte 5 : mariage et adieu

Diane et Jupiter se mettent d'accord sur la manière de donner une issue heureuse aux événements. L'amour doit triompher et Diane assure à Aricie, traumatisée, qu'Hippolyte reviendra à ses côtés. Aricie est dans l’incompréhension mais Hippolyte est ramené à la vie sous ses yeux. Dans une scène de deuil qui interrompt le chant du mariage, Oenone fait ses adieux à son amie Phèdre. La fête se disperse, une nouvelle ère commence.

Hippolyte et Aricie
Une histoire mouvementée

Le rêve d'un opéra

Écrire un opéra : ce fut pendant longtemps le rêve de Jean-Philippe Rameau. Né à Dijon en 1683, Rameau s'était fait un nom comme organiste, compositeur de musique pour clavier et auteur d'ouvrages de théorie musicale. Mais un opéra ? Il est âgé de 50 ans lorsque sa première œuvre, Hippolyte et Aricie, est enfin mise en scène. La première représentation a eu lieu en 1733, et Rameau a procédé à deux révisions complètes de cette œuvre avant sa mort en 1764. Des revirements et des surprises ont également ponctué la préparation de la première à Mannheim, dirigée par Lorenzo Fioroni et sous la direction de Bernhard Forck. Prévue en mars 2020, elle aura finalement lieu au printemps 2021.

Deux confinements plus tard : un nouveau départ pour Hippolyte et Aricie

Peu avant la première répétition générale en mars 2020, le travail sur Hippolyte et Aricie au Nationaltheater a dû être interrompu en raison de la pandémie. Un remaniement et une réécriture en profondeur devenaient nécessaires afin de garantir un avenir au projet. Il y avait une question en particulier qui brûlait toutes les lèvres : comment raconter l'histoire d'Hippolyte et Aricie tout en respectant les distances de sécurité, les règles d'hygiène et le nombre réduit de personnes ? La proximité et l'intimité, mais aussi les scènes de groupe, peuvent-elles être représentées dans ces conditions ?

La réponse est oui ! Les départements artistiques et techniques ont élaboré un concept pour rendre tout cela possible. Ce concept précise par exemple comment les différents groupes de chœur doivent être répartis sur la scène et dans la salle, de manière à ce qu'il n'y ait pas de files d'attente sur scène ou derrière. Le chant a lieu dans les loges derrière des panneaux en plexiglas. Des masques et des gants de sécurité sont intégrés aux costumes, le décor est réorganisé de manière à pouvoir être géré par une équipe technique réduite. Le désir de contact et le bouleversement entre le passé et l'avenir deviennent le motif principal sur scène, et c’est aussi le cœur de l'histoire d'Hippolyte et Aricie.

Fractures : l’ordre et le chaos

Dans la version originale de 1733, le prologue de Rameau et de son librettiste Simon-Joseph fait s’opposer les deux divinités Amour et Diane : alors que cette dernière représente la chaste maîtrise de l'impulsion et de la passion, Amour cherche à semer le trouble. Comme on le sait, il tire ses flèches à l'aveuglette et c’est sans appel pour quiconque est touché. Pour résoudre ce conflit, les deux dieux ont besoin d'une aide, qui leur apparaît sous la forme de Jupiter. En tant que père sage des dieux, il exige un compromis. Un jour par an, l'amour doit pouvoir faire ses malheurs. Mais à la fin de cette journée, le mariage doit avoir lieu.

Bien que les auteurs aient supprimé le prologue dans les versions ultérieures et qu'il ne soit repris que partiellement dans la nouvelle version de Mannheim, il démontre néanmoins un principe qui détermine l'intrigue de l'opéra Hippolyte et Aricie et donc aussi l'idée maîtresse de la production de Lorenzo Fioroni. Il s'agit du conflit entre le chaos et l'ordre, entre la passion individuelle et un destin individuel suspendu dans l'ordre général.

Phèdre contre le reste du monde ?

Sa passion adultère pour Hippolyte plonge Phèdre dans le chaos. Cela se termine par un suicide. L'amour « innocent » entre Hippolyte et Aricie, en revanche, est récompensé par les dieux. Hippolyte doit succéder à son père Thésée et, en bon souverain, garantir la préservation de l'ordre à l'avenir. Dans la France absolutiste, il s'agissait d’une fin heureuse, d'une logique presque irréfutable.

Mais le fait que Rameau offre à Phèdre la plus belle musique, qui oppose le déchaînement bruyant à l'introspection la plus fragile, montre que sa vision des personnages est beaucoup plus contrastée. L'opéra, dont les origines remontent à un art résolument courtois qui devait culminer dans l'éloge du souverain, parvient à traquer le pouvoir radical de l'être humain et à le célébrer dans son inconditionnalité, à nous faire éprouver de la compassion pour lui et à nous faire remettre en question l'ordre du monde avec Phèdre. Sans pour autant en endommager les fondements.

Entre Versailles et les combats de rue

Cette lutte entre l'ordre et le chaos, entre la hiérarchie et le renversement, entre l'Ancien Régime et la révolution se reflète dans le langage visuel et la mise en scène de Lorenzo Fioroni. La production prend forme autour de l'idée de la fête baroque, dans laquelle la « réalité » et le « plaisir de l'art » se confondent. La scène et l'auditorium deviennent un espace commun, qui est déterminé autant par l'observation et l'étonnement que par la présentation et la performance. Des images de la façade et des intérieurs du château de Versailles font revivre par fragments l'époque de Louis XIV. Tout comme Phèdre gagne notre sympathie, cette sympathie va aussi au roi âgé qui nous regarde depuis toutes les figures divines, de Jupiter à Pluton. Il sait que son temps est révolu et pourtant il se bat et continue à danser. Cette détermination appelle le respect. Dans Hippolyte et Aricie, ce souverain est confronté à deux jeunes gens modernes qui cherchent leur propre chemin vers l'avenir et qui, ce faisant, subissent des blessures dont ils ne se remettent pas facilement. Amour, sous les traits d'Oenone, mène le jeu des passions, tandis que Thésée, en véritable homme politique, s'accommode des circonstances et y trouve son compte. Le résultat est une vision qui trace les lignes de faille entre l'histoire et le présent et, ce faisant, nous raconte une histoire touchante d'amour et de souffrance humaine.

Cordula Demattio