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Michele Crosera

Teatro La Fenice

Alceste

Seul l’amour est capable du sacrifice ultime.

Opéras | Gluck

Aux portes de la mort, un roi aimé de tous semble condamné, à moins que l'un de ses sujets ne prenne sa place. C'est alors que son épouse décide de se sacrifier pour le sauver.

 

Christoph Willibald Gluck composa Alceste, son opéra réformateur, non pas à une mais à deux reprises. Dans cette production de La Fenice, qui se base sur la moins célèbre version originale italienne, le metteur en scène Pier Luigi Pizzi concentre l'action sur le drame émotionnel du sacrifice d'Alceste.

Chanté en italien

 

Sous-titres en français, anglais, allemand et espagnol et possibilité de traduire automatiquement dans plus de cent autres langues.

Disponible à partir du
03.04.2020 à 19h00 CET

jusqu'au
02.10.2020 à 12h00 CET

AdmetoMarlin Miller
AlcesteCarmela Remigio
EumeloLudovico Furlani
IsmeneZuzana Markova
AspasiaAnita Teodoro
EvandroGiorgio Misseri
Un banditore / OracoloArmando Gabba
Gran sacerdote / ApolloVincenzo Nizzardo
ChœursTeatro La Fenice
OrchestreTeatro La Fenice


MusiqueChristoph Willibald Gluck
LivretRanieri de' Calzabigi
Direction musicaleGuillaume Tourniaire
Mise en scène, décors & costumesPier Luigi Pizzi
LumièresVincenzo Raponi
ChorégraphieRoberto Pizzuto
Chef des ChœursClaudio Marino Moretti
Chœur d'enfantsPiccoli Cantori Veneziani
Cheffe du chœur d'enfantsDiana d’Alessio

Acte I

Sur la place principale de la ville de Phérae en Thessalie, le crieur public annonce la mort imminente du roi Admète à son peuple. Le confident du roi, Evandre, appelle le peuple à offrir des sacrifices aux dieux et à consulter un oracle pour lui demander conseil. L'épouse d'Admète, Alceste, sort du palais avec ses enfants Eumélus et Aspasia. La reine veut également se joindre au peuple pour le sacrifice et consulter l'oracle.
Dans le temple d'Apollon, le grand prêtre et ses ministres invoquent le Dieu et offrent des sacrifices. Alceste arrive avec sa suite et fait un sacrifice au Dieu. Son sacrifice est accepté ; le temple est illuminé, parfumé et commence à trembler. L'oracle d'Apollon prononce son verdict : Admète mourra à moins que quelqu'un d'autre ne soit sacrifié à sa place. D'abord horrifiée et confuse, Alceste se demande qui pourrait aimer Admète au point de sacrifier sa propre vie. Elle décide alors d'offrir sa vie en échange de celle de son mari. Evandre et le confident Ismène s'empressent de lui dire qu'Admète, sur son lit de mort, demande à voir sa femme une dernière fois. Une fois Alceste partie, les prêtres et le peuple se joignent à Evandre et Ismène pour discuter de la dernière tournure des événements - tous ignorant le vœu de la Reine. Personne n'a le courage d'offrir sa propre vie pour sauver le roi.

Acte II

La nuit, Ismène tente en vain d'empêcher Alceste de se rendre dans les bois sacrés dédiés aux dieux du monde souterrain. Lorsqu'elle entend une voix inconnue dans les bois, Alceste est terrifiée. Son courage revient peu à peu et, malgré les avertissements des dieux infernaux, elle prête le serment qui la condamne à mort à la place d'Admète. Alceste demande aux dieux de lui permettre d'embrasser une dernière fois son mari et ses enfants avant de descendre dans l'Hadès, et ils y consentent.
Dans le palais, les courtisans célèbrent le rétablissement inattendu du roi. Evandre se joint également aux réjouissances et relate au roi le récit de l'oracle d'Apollon, certain que quelqu'un a sacrifié sa propre vie pour sa bonne santé. Alors que le roi loue la générosité de ce héros anonyme, Alceste arrive avec sa suite. Admète court embrasser sa femme et ne comprend pas pourquoi elle est visiblement bouleversée et refuse de répondre à ses questions. La reine cède finalement : elle rappelle à Admète l'oracle d'Apollon et lui révèle qu'elle s'est promise aux dieux en échange de la guérison du roi. Admète est furieux. Il refuse le sacrifice d'Alceste, faisant passer son amour avant ses devoirs d'épouse et de mère. Il part avec Evandre pour retourner à l'oracle, convaincu que cette réponse était fausse ou mal interprétée. Laissée seule avec Ismène et ses dames de compagnie, Alceste sent ses forces s'estomper et se prépare à la mort, au grand chagrin de sa confidente et de sa suite. Elle se lève alors pour emmener ses enfants auprès d’Admète afin qu'il puisse s'occuper d'eux.

Acte III

Admète explique à Evandre que l'oracle d'Apollon est resté silencieux. Admète ne peut pas mourir à la place de sa femme, il doit donc se résigner à la mort de celle-ci. Alors que le roi se lamente sur son sort, Alceste arrive avec les enfants, Ismène et sa suite. En échange de son sacrifice, la reine demande à Admète de ne plus jamais se marier. Elle confie alors les deux jeunes enfants au roi et lui fait ses adieux. Alceste demande à ses enfants de s'occuper de sa tombe. Alors que tous se lamentent sur le sort de la reine, un groupe de dieux infernaux fait irruption dans la pièce : son temps est écoulé, Alceste doit se rendre aux enfers. Admète propose une dernière fois de mourir à la place de sa femme, tirant son épée pour la défendre, mais cela n'aboutit à rien. Alceste est emmenée par les dieux de l'Hadès. Désemparé, Admète veut s'ôter la vie pour pouvoir rejoindre sa femme. Cependant, Evandre et Ismène l'arrêtent, désignant un éclair lumineux dans les nuages. Apollon lui-même descend du ciel et se tourne vers le roi. Les dieux ont eu pitié du couple et font revenir Alceste, qui embrasse son mari et ses enfants. Le roi ordonne aussitôt un autre sacrifice pour remercier Apollon.

Une belle simplicité

La version italienne originale d’Alceste de Gluck, représentée pour la première fois à Vienne en 1767, constitue l'exemple le plus pur du credo artistique du compositeur. Son objectif n'était autre que de réformer l'opéra et de le libérer des excès et des distractions qu'il avait accumulés. Il voulait revenir au modèle de la tragédie grecque antique, rétablir l'importance des mots et composer une musique capable d’illustrer et de mettre en valeur de puissantes histoires.

Les idéaux inébranlables de Gluck l’amenèrent à se faire apprécier des plus grands réformateurs du grand opéra au 19e siècle, Wagner et Berlioz, qui retravaillèrent certains de ses opéras pour les ramener sur le devant de la scène. Wagner présenta ainsi une version allemande adaptée et remaniée d’Iphigénie en Aulide à Dresde en 1847. Et en 1859, Berlioz retravailla l’opéra Orphée et Eurydice pour qu’il soit représenté à Paris.

Orphée reste encore aujourd’hui la partition de Gluck la plus communément jouée, et sa version originale italienne de 1762 fut le premier de ses opéras « de réforme », bien qu'il s'agît de sa 30e œuvre pour la scène en 21 ans de carrière. Ce fut pourtant dans la préface d'Alceste qu’il exposa son manifeste :

Lorsque j’entrepris de mettre en musique l’opéra Alceste, je me proposai d’éviter tous les abus que la vanité mal entendue des chanteurs et l’excessive complaisance des compositeurs avaient introduits dans l’opéra italien, et qui, du plus pompeux et du plus beau lie de tous les spectacles, en avaient fait le plus ennuyeux et le plus ridicule ; je cherchai à réduire la musique à sa véritable fonction, celle de seconder la poésie, pour fortifier l’expression des sentiments et l’intérêt des situations, sans interrompre l’action et la refroidir par des ornements superflus. […] J’ai cru encore que la plus grande partie de mon travail devait se réduire à chercher une belle simplicité.

La version révisée d'Alceste, composée pour être jouée à Paris en 1776, est généralement considérée comme une œuvre supérieure, musicalement plus sophistiquée et plus variée sur le plan dramatique, notamment parce qu’elle rétablit dans le dernier acte le personnage semi-comique d'Hercule de la pièce d'Euripide. Mais c'est la version italienne antérieure qui incarne le mieux ses idéaux, faisant preuve d'une telle intégrité qu’elle peut s’avérer irrésistible dans les plus belles des représentations, comme l’est celle du Teatro La Fenice.

Le metteur en scène et créateur Pier Luigi Pizzi use de toute son élégance pour dépeindre un monde antique, délimité par des lignes modernes et claires : des arcs classiques ; une palette principalement composée de nuances de blanc et progressivement envahie par le noir funèbre après la décision fatidique d’Alceste, ainsi qu’une économie de mouvements pour que chaque geste soit révélateur. La silhouette et le visage sculptés de Carmela Remigio renforcent sa diction claire et sa voix cristalline pour créer une héroïne digne et crédible. Marlin Miller combine tonalités héroïques à une expression extrêmement réaliste de l’angoisse dans le rôle d'Admète, son époux désespéré. Même les enfants font forte impression aux côtés de l’impressionnante distribution et du chœur discipliné. Quant au chef d'orchestre français Guillaume Tournaire, il dirige avec élégance les forces de La Fenice.

La puissance de la vision de Gluck dans cet opéra marqua à jamais le jeune Mozart lorsqu'il assista aux répétitions de la première à Vienne. La musique de Gluck évolue certes à un rythme plus imposant que celle, plus volatile, de Mozart mais le jeune compositeur apprit de son aîné quant au traitement des mots et à la façon de considérer le chœur comme partie intégrante de l’œuvre. On ne trouve la preuve de cette influence qu’en 1780/81 avec Idomeneo, également d'inspiration classique. Si ce premier chef-d'œuvre lyrique de Mozart ne se limite pas aux préceptes de Gluck, il s’inspire clairement de son esthétique.

De nos jours, nous avons besoin à la fois de Mozart et de Gluck : Mozart pour son humanité inégalée et sa compréhension des failles et des aspirations humaines ; Gluck pour sa noblesse, et, dans la confusion de notre 21e siècle, pour sa belle simplicité.