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Hans Jörg Michel

Deutsche Oper am Rhein

L'Empereur d'Atlantis

La Mort abdique

Opéras | Ullmann

L'empereur d'Atlantis déclare une guerre de tous contre tous et proclame sa vieille alliée la Mort à la tête de la campagne. Offensée par l'insolence de l'Empereur, la Mort refuse de laisser mourir qui que ce soit, faisant des ravages dans le monde entier.

 

L'origine de L'Empereur d'Atlantis, le seul opéra composé dans un camp de concentration nazi et passé à la postérité, en fait un mémorial unique contre l'oubli. Pourtant, dans la production du Deutsche Oper am Rhein, la parabole de la mort vivante n'est jamais une mise en garde, mais elle est à la fois inquiétante, comique et profondément humaine.

Enregistré le 10 octobre 2020

 

Chanté en allemand. Sous-titres en français, anglais, allemand et possibilité de traduire automatiquement dans plus de cent autres langues.

Disponible à partir du
30.10.2020 à 19h00 CET

jusqu'au
30.04.2021 à 12h00 CET

L'Empereur Overall Emmett O’Hanlon
Le Haut-parleur Thorsten Grümbel
La Mort Luke Stoker
Arlequin David Fischer
Un Soldat Sergej Khomov
Une Fille Anke Krabbe
Le Tambour Kimberley Boettger-Soller
Orchestre Düsseldorfer Symphoniker


Musique Viktor Ullmann
Direction musicale Axel Kober
Mise en scène Ilaria Lanzino
Décors Emine Güner
Costumes Emine Güner
Lumières Thomas Diek
Dramaturgie Anna Grundmeier

Face à la mort mécanisée à une échelle industrielle présidée par l'empereur Overall d'Atlantis, Arlequin et la Mort – « la vie qui ne peut plus rire et la mort qui ne peut plus pleurer » - sont réduits à l'observation d'un monde  « ayant oublié comment se réjouir de la vie et mourir de la mort ». Lorsque Overall déclare une guerre de tous contre tous, la Mort se sent dépouillée de toute dignité et refuse de servir l'Empereur.

Lorsque la Mort perd son caractère terrifiant, la vie déraille. Quel est le pouvoir d'un despote meurtrier si personne ne peut plus mourir ? Les exécutions ne peuvent avoir lieu, les soldats s'avèrent incapables de s'entretuer. Bientôt, le pays tout entier est submergé par les protestations amères des morts-vivants contre l'immortalité qui leur a été imposée. La Mort propose de mettre fin à sa grève, si l'empereur accepte de faire un sacrifice « en tant que premier à subir cette nouvelle mort ». Overall fait ses adieux et suit la Mort.

Rire au milieu des larmes

Il serait tentant de présenter L’empereur d’Atlantis, seul opéra composé dans un camp de concentration nazi, comme un mémorial contre l’oppression et la destruction totale. Brillant exemple de courage et de volonté créative dans des circonstances extrêmement difficiles, il mérite d’être reconnu pour sa place unique dans le répertoire lyrique. Mais cela ne doit pas occulter sa spécificité et sa valeur artistique inhérente. 

Viktor Ullmann a composé sa parabole lyrique, L’empereur d’Atlantis, dans la privation et l’horreur du camp de concentration de Theresienstadt, à partir d’un livret de Peter Kien. Bien que l'œuvre ait été déterminée par les conditions de sa création, de son sujet à son instrumentation, son intérêt dramatique et musical transcende son histoire aux origines uniques. 

En un peu moins d’une heure, il raconte sans détour une histoire complexe. Son langage musical omnivore qui s’inspire à la fois des styles classique et populaire (Alan Kozinn, The New York Times) rappelle tantôt la musique de cabaret de Kurt Weill, tantôt les débuts d'Arnold Schoenberg, avec lequel Ullmann a étudié à Vienne. 

L’art comme résistance

L’empereur d’Atlantis raconte l'histoire de l'empereur totalitaire et paranoïaque Overall qui fait la guerre avec une telle passion que même la Mort décide de s’opposer à lui. Maintenu en place par l'acceptation silencieuse des masses, le bastion du système impérial d'injustice perd son pouvoir au moment où la Mort démissionne de ses fonctions. 

Ce duo allégorique de la Mort et d'Arlequin, représentant la vie, reflète ses créateurs, qui ont été décrits par leurs compagnons de cellule comme dévoués, sérieux et peu drôles (Viktor Ullmann) et naïfs, imaginatifs et serviables (Peter Kien). Quelle que soit l'intention derrière cette similitude, il y a une justice symbolique dans le fait que ce qui ne leur était pas possible dans la vie réelle, Ullman et Kien ont pu le transposer dans l'art. 

Leur expression artistique a été un moyen de résistance pour réaffirmer leur dignité humaine et exprimer leur volonté de vivre. Par ce biais, ils ont prouvé qu'ils appartenaient à la tradition culturelle européenne dont les nazis les avaient si brutalement arrachés.

La seule chose qu'il faut souligner est que j'ai été encouragé et non entravé dans mon travail musical par Theresienstadt, que nous ne nous sommes pas contentés de rester assis au bord des fleuves de Babylone à nous plaindre et que notre volonté culturelle était à la hauteur de notre volonté de vivre.

Viktor Ullmann, « Goethe und Ghetto »

Tragiquement, cette volonté de vivre a été détruite bien trop tôt. Bien que les répétitions aient été bien entamées, le projet a été abandonné pour des raisons inconnues avant la première. Le 16 octobre 1944, Viktor Ullmann et son librettiste Peter Kien sont déportés à Auschwitz dans le cadre des « transports d'artistes » et y sont assassinés.

Un héritage important

Même si les créateurs de L’empereur d’Atlantis ont été tués au même titre que la plupart de leurs pairs, leur héritage est toujours vivant. « Cela nous encourage, comme l'Arlequin, à rire face au destin », explique la dramaturge Anna Grundmeier. « Cela nous encourage, comme la Mort, à ne pas accepter l'injustice sans opposition et à nous dresser contre le despotisme et la terreur ».

Alors que « Le Haut-parleur » distribue une fois de plus des slogans incendiaires à un public enthousiaste et que « Le Tambour » attire un large public en promettant des solutions simples à des problèmes complexes, applaudissons le Deutsche Oper am Rhein pour avoir mis en scène L’empereur d’Atlantis et s'être élevé contre l'injustice et le populisme.