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Richard Hubert Smith

Glyndebourne

Die Entführung aus dem Serail

Quand l’Orient rencontre l’Occident

Opéras | Mozart

Avec l'aide de leurs amants, Konstanze et sa servante planifient leur évasion du harem du Pacha Selim. Mais lorsque leurs intentions sont découvertes et alors que la menace du châtiment les guette, l'espoir surgit de façon tout à fait inattendue.

 

Le premier opéra viennois de Mozart présente certaines de ses lignes vocales les plus virtuoses, en particulier pour le personnage de Konstanze. La comédie hédoniste de David McVicar sur le choc des cultures met en scène Die Entführung aus dem Serail dans une fantaisie orientale du XVIIIe siècle, agrémentée de jardins ensoleillés et de terrasses fraîches et ombragées.

Chanté en allemand

 

Sous-titres en français et anglais et possibilité de traduire automatiquement dans plus de cent autres langues.

Disponible à partir du
20.03.2020 à 19h00 CET

jusqu'au
20.05.2020 à 12h00 CET

KonstanzeSally Matthews
BelmonteEdgaras Montvidas
OsminTobias Kehrer
PedrilloBrenden Gunnell
BlondeMari Eriksmoen
Pasha SelimFranck Saurel
KlaasJonas Cradock
ChœursThe Glyndebourne Chorus
OrchestreOrchestra of the Age of Enlightenment


MusiqueWolfgang Amadeus Mozart
LivretChristoph Friedrich Bretzner
Direction musicaleRobin Ticciati
Mise en scèneDavid McVicar
DesignerVicki Mortimer
LumièresPaule Constable
ChorégraphieAndrew George
Chef des ChœursJeremy Bines
Réalisation vidéoFrançois Roussillon
Premier violonKati Debretzeni

La jeune noble espagnole Konstanze, sa servante anglaise Blonde et son fiancé Pedrillo, le valet de chambre de Belmonte, ont été enlevés par des pirates. Débarqués sur les côtes turques, ils ont été vendus comme esclaves au Pacha Selim. Pedrillo est parvenu à envoyer des lettres à son maître et Belmonte a quitté l'Espagne pour tenter de les sauver.

Acte I

Arrivé devant la demeure du Pacha, Belmonte tombe sur le gardien Osmin, qui le chasse. Pedrillo est épris de Blonde, qui est devenue l'esclave d'Osmin. Lorsque Pedrillo aperçoit son maître, il conçoit rapidement un plan pour faire entrer Belmonte dans le palais. Belmonte est horrifié d’apprendre que le Pacha cherche à faire de Konstanze l’une de ses épouses.

Le Pacha arrive avec Konstanze. Il lui assure qu'il ne cherchera jamais à la forcer à l’aimer mais lorsque celle-ci lui avoue son amour pour Belmonte, la colère l’emporte. Il lui donne un jour pour y réfléchir. Pedrillo présente Belmonte au Pacha comme un architecte. Selim l'invite à rester. Osmin tente de leur barrer le chemin, mais les deux hommes le repoussent et pénètrent dans l'enceinte du palais.

Acte II

Blonde fait de son mieux pour tenir Osmin à distance et refuse d'accepter sa condition d'esclave. Quant à Konstanze, elle refuse de céder aux avances du Pacha, qui se met en colère et est une fois de plus déconcerté par sa défiance.

Pedrillo détaille à Blonde son plan d'évasion. Ravie, elle s'empresse d'en parler à sa maîtresse. Pedrillo verse une drogue dans le vin d’Osmin pour l’endormir. Le somnifère fait bientôt effet et Osmin est mis hors d'état de nuire. Dans le plus grand secret, les amoureux finissent par se retrouver et discutent de leurs projets d'évasion.

Acte III

Tard dans la nuit, Konstanze et Belmonte se dirigent vers le port. Alors que Pedrillo tente de sauver Blonde, Osmin les découvre tout à coup. Les gardes lui amènent Belmonte et Konstanze et Osmin jubile dans un triomphe sanguinaire. Le Pacha est réveillé par l'alarme. Belmonte révèle son identité et propose de payer une rançon ; sa famille est riche et noble. Selim comprend alors que Belmonte est le fils de son ennemi juré, qui l'a un jour chassé de sa patrie. Il s’éloigne pour réfléchir à sa vengeance.

Belmonte et Konstanze décident de mourir ensemble avec courage. Sélim revient et rend son jugement. Il ne s'abaissera pas à au niveau du père de Belmonte. Tous sont libérés et Sélim renonce à ses intentions avec Konstanze. Osmin s'enfuit, fulminant. La miséricorde et l'humanité du Pacha sont louées et les amoureux s’éloignent.

Die Entführung aus dem Serail – Un opéra allemand à la turque

Le premier opéra allemand seria de Mozart est, en réalité, un opéra turc. Die Entführung aus dem Serail présente un sujet qu’il est de nos jours délicat à mettre en scène, étant donné la façon dont il imaginait l'Orient à travers le prisme des sensibilités occidentales. Comment, par exemple, présenter la cour ottomane ? Comment son souverain, Pacha Selim, doit-il être dépeint ? L'image du gardien Osmin pose des difficultés particulières si l'on veut éviter le stéréotype essentialiste du despote turc. La solution paradoxalement progressiste du metteur en scène David McVicar consiste à conserver une mise en scène proche de l’imaginaire du 18e siècle, à savoir l’époque de la composition de l’opéra, et à se conformer aux indications musicales et textuelles de l’œuvre.

L'opéra fut créé le 16 juillet 1782 au Burgtheater de Vienne, sous la direction du compositeur. Il avait été commandé par l'empereur Joseph II, qui souhaitait créer un équivalent national de l'opéra de cour d'influence italienne. Il est considéré comme l'un des premiers opéras originaux en langue allemande. Avec le succès que connut aussitôt Die Entführung aus dem Serail, Mozart s’établit définitivement à Vienne, lui qui avait quitté Salzbourg un an auparavant.

L'œuvre est imprégnée de l'orientalisme occidental du 18e siècle, évoqué dans ses moindres détails grâce aux décors élaborés de Vicki Mortimer. Les reproductions du palais, de ses jardins et de l'atmosphère du harem reflètent tout l'attrait de l'Empire ottoman. Mozart lui-même plante le décor grâce à sa musique « turque ». L'ouverture et plusieurs arias font allusion à des thèmes orientaux, tels qu’on les imaginait probablement à l'époque. L'ajout à l'orchestre de la période classique viennoise d'instruments tels que les cymbales, la grosse caisse ou le « tambour turc », la flûte piccolo et le triangle correspond en effet aux instruments de la musique janissaire.

L'utilisation de ces éléments musicaux « turcs » pour dépeindre la colère d'Osmin constitue par exemple un raccourci pour l'identifier comme un « Autre ». Les spectateurs de l'opéra des Lumières ressentiraient facilement un air de supériorité à son égard. La façon dont Osmin jubile à l'idée de la torture contraste fortement avec les valeurs rationnelles nouvellement adoptées et promues à l'époque – l'empereur Joseph II venait d'interdire la torture et la peine de mort en 1781. Osmin correspond au stéréotype de l'homme oriental : brutal et lubrique. Ses tentatives pour forcer Blonde à l'aimer se retournent contre lui, Blonde le tournant en ridicule.

Quant au Pacha Selim, il ébranle l’image simpliste du « Turc barbare ». Bien qu'il possède un harem et des esclaves, correspondant aux clichés du despote oriental, son portrait est plus nuancé. Selim se distingue notamment des autres personnages par son rôle parlé et non chanté. La musique est-elle hors de sa portée ? Ou est-il au contraire plus noble de ne pas chanter ? Lorsque le Pacha tombe amoureux de Konstanze, qui refuse ses avances, il la menace d'abord. Face à sa constance, il tente de gagner son cœur par le biais de la raison (occidentale ?). Ce n'est pas un hasard si la protagoniste porte le nom de Konstanze, la future épouse de Mozart. Les tendances violentes de Selim s'atténuent au contact d'une femme occidentale. Il promet de l’aimer de façon exclusive, renonçant à son harem. Et lorsqu’il est finalement trahi, il abdique et libère les Occidentaux. Dans le dernier acte, alors que nous découvrons que le dirigeant turc est en fait un renégat qui a été privé de son existence occidentale et contraint à l'exil ottoman par les intrigues du père de Belmonte, l'opposition nette entre l'Est et l'Ouest est irrémédiablement brisée.

Malgré les apparences, aucune polarité directe entre l'Est et l'Ouest ne peut être trouvée dans la façon dont l'amour est dépeint dans Die Entführung aus dem Serail. Lorsque Belmonte et Pedrillo retrouvent leurs bien-aimées avant d'être à nouveau capturés, ils leur demandent si elles leur sont restées fidèles, conscients du fait qu'elles auraient pu succomber aux charmes orientaux. Cette image de l'homme oriental sexualisé apparaît également dans Così fan tutte. Ferrando et Guglielmo, déguisés en Albanais, se présentent à leurs fiancées et constatent à leur grand désespoir que les jeunes femmes sont plus intriguées qu'ils ne l'espéraient.

Quel était l'attrait d'un tel exotisme à l'opéra ? Et comment justifier le fait de le mettre en scène encore aujourd’hui ? Si de nombreuses raisons peuvent expliquer le choix d'un sujet oriental, dont la popularité de la musique « turque » à Vienne à l'époque, elles ne sont pas toutes condamnables. Le contexte oriental, même s'il a réduit certains rôles et relations en stéréotypes, peut en même temps être compris comme une tromperie pour universaliser, voire mythifier le comportement humain. Si le personnage d’Osmin présente sans aucun doute une image dégradante de l'homme oriental, il partage néanmoins les traits du bouffon occidental classique en tant que personnage comique. Le fait que le rôle du Pacha Selim puisse être lu comme l'incarnation du comportement humain idéal est plus étonnant encore. Sa situation privilégiée, à mi-chemin entre l'Est et l'Ouest, échappant ainsi à toute classification, fait peut-être de lui un personnage universel rare.