Preloader Operavision
Heikki Tuuli 2016

Finnish National Opera and Ballet

Le Vaisseau fantôme

Seul l’amour peut briser le sort

Opéras | Wagner

Un capitaine est condamné à naviguer sur les mers du monde pour l'éternité, et n'est autorisé à rejoindre la terre ferme qu'une fois tous les sept ans. Trouvera-t-il l'amour d'une femme fidèle pour briser la malédiction ?

 

Le Vaisseau fantôme marque un tournant dans la création opératique de Richard Wagner. Dans cette production du célèbre metteur en scène Kasper Holten, l'environnement urbain et le monde tumultueux du commerce international de l'art sont renforcés par l'évocation wagnérienne du pouvoir de l'amour et de la mer.

Enregistré le 26 novembre 2016

 

Chanté en allemand. Sous-titres en anglais et possibilité de traduire automatiquement dans plus de cent autres langues.

Disponible à partir du
31.07.2020 à 19h00 CET

jusqu'au
29.01.2021 à 12h00 CET

Le HollandaisJohan Reuter
SentaCamilla Nylund
DalandGregory Frank
ErikMika Pohjonen
MarySari Nordqvist
Le BarreurTuomas Katajala
ChœursFinnish National Opera Chorus
OrchestreFinnish National Opera Orchestra


MusiqueRichard Wagner
LivretRichard Wagner
Direction musicaleJohn Fiore
Mise en scèneKasper Holten
DécorsPhilipp Fürhofer
CostumesAnja Vang Kragh
LumièresMartin Gebhardt
ChorégraphieSigne Fabricius
Chef des ChœursMarge Mehilane, Marco Ozbič
VidéoLuke Halls

Acte I

Une tempête a conduit le navire du capitaine Daland à s'échouer. Le voyage a épuisé l'équipage et ils vont tous se reposer. Le Barreur, qui est supposé faire le guet, essaie de tenir éveillé en chantant mais s’endort rapidement. Soudain, un étrange vaisseau s'arrête aux cotés du navire de Daland. Son capitaine est le Hollandais Volant. Celui-ci a été condamné à une errance éternelle, sans être freîné par des tempêtes ou des pirates. Une fois tous les sept ans, il est autorisé à toucher terre. Le Hollandais offre une richesse inouïe à Daland, demandant en échange l'hébergement et la main de sa fille, Senta. Daland accepte la proposition du Hollandais et les navires mettent les voiles.

Acte II

En attendant le retour du navire de Daland, des filles travaillent sur leurs rouets et chantent. Les amis de Senta la taquinent à propos du chasseur Erik, son ardent prétendant. Senta, qui ne se soucie pas de leurs remarques facétieuses, chante une ballade à propos du Hollandais Volant, qu’elle a aimé dès son enfance, et dévoile son secret le plus intime : grâce à son amour et sa fidélité, elle veut sauver le marin maudit. Les mots de Senta surprennent Erik, qui est envahi par un étrange pressentiment. Il raconte un rêve dans lequel il la voit embrasser le mystérieux capitaine. Le Hollandais et le père de Senta font leur apparition, et le père annonce le mariage arrangé. Senta est fascinée par le Hollandais. Celui-ci ne détourne pas les yeux de Senta, espérant que son amour et sa fidélité lèvent la malédiction.

Acte III

Les marins, sains et saufs, célèbrent leur retour sur la terre ferme. Ils appellent le navire du Hollandais, invitant l'équipage à les rejoindre, mais le navire reste sombre et silencieux. Les marins de Daland se moquent de l'équipage mystérieux et de leur capitaine. Une tempête se lève et des spectres s'approchent du rivage, par-dessus les vagues, tandis que les invités arrivent.

Erik essaie de dissuader Senta de lier sa vie à un étranger inconnu. Senta ne veut pas l'écouter, car elle a prêté serment et est appelée à accomplir une mission suprême. Erik lui rappelle alors son amour pour elle. Le Hollandais, voyant Senta avec Erik, est désespéré. Consumé par la jalousie et la peur de la perdre, il pense que Senta, elle non plus, n’a pas réussi à lui montrer une fidélité indéfectible. Il révèle son secret et se dirige vers son navire pour continuer son itinérance sans fin, dictée par la malédiction. Senta se jette dans la mer du haut d'une falaise, rachetant par sa mort les péchés du Hollandais. Le navire du Hollandais volant se désintègre contre les falaises et son odyssée prend fin.

5 clés pour aborder Le Vaisseau fantôme

1° Un prélude orageux

Richard Wagner épouse l’actrice allemande Wilhelmine 'Minna' Planer à l’hiver 1836. Leur relation est tumultueuse, les crises de jalousie et de possessivité du compositeur laissant fréquemment Minna en larmes. L'actrice a également du mal à faire face aux dettes de son mari et aux menaces de ses créanciers. Six mois plus tard, elle le quitte pour un autre homme.

Pour échapper à ce fiasco, Wagner s’installe à Riga (appartenant alors à l’Empire russe), où il devient, à seulement 26 ans, directeur musical du Court Theatre et engage la sœur de Minna comme chanteuse. La femme de Wagner décide finalement de le rejoindre à Riga, mais leur mode de vie somptueux, au-delà de leurs moyens, les conduit à accumuler encore plus de dettes impayables. Le couple a l'intention de fuir ses créanciers mais, après avoir soupçonné leur plan, les autorités confisquent leurs passeports.

Sans se décourager, et malgré le risque de se faire tirer dessus par les gardes-frontières, ils entrent illégalement en Prusse. Ils prennent une charrette pour atteindre la côte mais celle-ci se renverse en cours de route, écrasant Minna et provoquant une fausse couche. Ils atteignent finalement le port de Pillau (aujourd’hui Baltiysk à Kaliningrad) et mettent le cap sur Londres à bord du navire Thétis, qui traverse une tempête et est contraint d'accoster dans un fjord norvégien. Le temps et le littoral marquent l'imagination de Wagner et il interroge les marins sur la légende du « Hollandais volant ». Après un voyage terrifiant de 24 jours - qui aurait dû prendre huit heures, Wagner arrive en toute sécurité à Londres, sa femme à ses côtés et son prochain opéra en tête.

2° Un vaisseau fantomatique

Le mythe d'un navire fantôme condamné à naviguer sur les océans pour toujours est probablement né de l'âge d'or de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales au 17ème siècle. La première référence imprimée est apparue dans les carnets de voyage de John MacDonald en 1790: Travels in various parts of Europe, Asia and Africa during a series of thirty years an upward, récit au cours duquel des marins voient le « Hollandais volant » lors d’une tempête. Au cours du demi-siècle suivant, plusieurs histoires inspirées de la légende ont été publiées, notamment « The Message of the Ancient Mariner » et « Vanderdecken's Message Home » de Samuel Taylor Coleridge.

Le roman satirique de Heinrich Heine, Aus den Memoiren des Herrn von Schnabelewopski (Les Mémoires de Monsieur von Schnabelewopski), fut le premier à introduire ce capitaine maudit touchant terre tous les sept ans, avec pour chance d’être sauvé par la dévotion d'une épouse fidèle. Heine présente ce pouvoir d’un amour rédempteur sur le ton de l’ironie, mais lorsque Wagner a écrit son libretto pour Le Vaisseau fantôme, il a pris le thème sérieusement et à la lettre. Le mythe du « Hollandais volant » a été repris dans d'innombrables adaptations, telles que le film Disney Pirates des Caraïbes sorti en 2006: Dead Man's Chest.

3° Trois opéras romantiques

La première de Le Vaisseau fantôme en 1843 marque le début de la carrière de Wagner en tant que compositeur mature d'opéra. Il avait déjà réalisé trois opéras, à savoir Die Feen, Das Liebesverbot et Rienzi, mais il les considèrera comme des ouvrages d’apprenti et les rejettera plus tard de son œuvre. En effet, dans son essai « Eine Mittheilung an meine Freunde » (« Une communication à mes amis »), il identifia cet opéra et son libretto comme un nouveau départ pour lui : « À partir d’ici commence ma carrière de poète,et  adieu au simple concocteur de textes d'opéra. »

Le Vaisseau fantôme et ses deux opéras suivants, Tannhäuser et Lohengrin, sont appelés collectivement les « opéras romantiques » de Wagner, et ils affichent une avancée significative dans la gestion des thèmes, l'orchestration et le développement des personnages. Ce sont les premières œuvres à entrer dans le soi-disant « canon de Bayreuth », l'ensemble des opéras de Wagner qui constituent le répertoire central du célèbre festival franconien.

Ces trois « opéras romantiques » ont apporté au compositeur renommée et succès, mais ils ne sont pas considérés comme ses chefs-d’œuvre; ce titre est donné à ses « drames musicaux » qui apparurent plus tard, à savoir Der Ring des Nibelungen, Tristan et Isolde, Die Meistersinger von Nuremberg et Parsifal, dans lesquels Wagner défricha le sentier harmonique et chercha à fusionner tous les éléments musicaux, poétiques et dramatiques en un ensemble artistique unifié.

4° Une lecture féministe

Le metteur en scène Kasper Holten ne trouvait pas intéressante l'interprétation traditionnelle du Vaisseau fantôme, traitant de l'amour inconditionnel et de la reddition féminine. « L'histoire de l'opéra regorge d'œuvres où une femme doit mourir pour qu'un homme soit libre », explique-il. « Cependant, notre perception des rôles des hommes et des femmes aujourd'hui est très différente. Dans Le Vaisseau fantôme, je me demande qui est vraiment Senta et ce qui la motive. Son personnage ne se limite pas uniquement à son propre sacrifice ».

« La notion de paix et d'amour éternel était une notion que Wagner connaissait bien, car il a lui-même passé toute sa vie à voyager et n'a jamais vraiment trouvé d'endroit où s'installer. Son âme et son mode de vie lui valaient des ennemis partout où il allait ; ils l'incitaient aussi à recontrer une autre femme, puis à rompre avec elle. Même la célébrité ne lui apportait aucun réconfort – son talent artistique était aussi une malédiction. Je pense que la quête de Wagner est particulièrement bien exprimée dans cette œuvre », déclare Holten.

5° Naviguer dans les eaux agitées de la vie

« Le trait le plus universel de l'humanité », a déclaré Wagner à propos du mythe du Hollandais volant, « est le désir de calme au milieu des orages de la vie ». Il percevait le Hollandais comme le symbole d’une éternelle recherche de réconfort et de salut dans les vagues et les intempéries de la vie. C'est pourquoi il rappelait aux chefs d'orchestre et aux metteurs en scène de ne pas négliger la mer elle-même dans leurs productions de Le Vaisseau fantôme : « la mer entre les caps doit être perçue comme faisant rage et mousser autant que possible; la représentation du navire ne peut pas être trop naturaliste: les petites touches, telles que le soulèvement du navire lorsqu'elles sont frappées par une vague exceptionnellement forte, doivent être très clairement représentées. Les changements subtils constants apportés à l'éclairage exigent un soin particulier. »

Rien de tout cela ne se retrouve dans la production de Holten, bien qu'on y trouve des indices subtils de ces éléments. Ici, le personnage principal est un célèbre artiste néerlandais qui voyage à travers le monde. « Si vous regardez attentivement l'œuvre, vous verrez que la tempête peut aussi être une métaphore de l'inspiration artistique », explique Holten. « Quand l'esprit créatif commence à s'envoler, tout le reste est oublié – la vie et la famille. Nous savons tous comment un artiste peut se comporter lorsqu'il est frappé par l'inspiration ».