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La Monnaie / De Munt

La Monnaie / De Munt

Frankenstein

PREMIÈRE MONDIALE Le futur est déjà là.

Opéras | Grey

Des scientifiques découvrent une créature gelée dans les glaces du pôle Nord. Au fur et à mesure qu'elle est ramenée à la vie dans une expérience audacieuse, la créature ressent des flashbacks de son passé douloureux avec son créateur.

 

Deux cents ans après sa publication, le compositeur américain Mark Grey utilise le roman de science-fiction révolutionnaire de Mary Shelley comme base pour son premier opéra. Mise en scène par Àlex Ollé du groupe théâtral La Fura dels Baus, cette interprétation moderne met en garde contre le fossé grandissant entre notre capacité d'invention et notre incapacité à comprendre.

Chanté en anglais

Sous-titré en anglais, français, allemand et néerlandais avec possibilité de traduire automatiquement dans 114 langues.

 

Avec l'accord de Bill Holab Music.

Disponible à partir du
15.03.2019 à 20h00 CET

jusqu'au
14.09.2019 à 23h59 CET

Victor FrankensteinScott Hendricks
La créatureTopi Lehtipuu
ElizabethEleonore Marguerre
Dr. Walton / ProcureurAndrew Schroeder
HenryChristopher Gillett
Homme aveugle / PèreStephan Loges
JustineHendrickje Van Kerckhove
ChœursChœur de La Monnaie
OrchestreOrchestre symphonique de La Monnaie


MusiqueMark Grey
LivretJúlia Canosa I Serra
Direction musicaleBassem Akiki
Mise en scèneÁlex Ollé (La Fura Dels Baus)
DécorsAlfons Flores
CostumesLluc Castells
LumièresUrs Schönebaum
Chef des ChœursMartino Faggiani
DramaturgieJúlia Canosa I Serra
Réalisation vidéo (scène)Franc Aleu
Réalisation vidéo (streaming)Anaïs et Olivier Spiro

Acte I

En l’an 2816, les membres d’une expédition conduite par le scientifique Walton découvrent une étrange créature prisonnière de la glace. Tandis que l’on procède à sa réanimation, Walton l’ausculte et s’interroge sur la possibilité de pénétrer sa mémoire et de matérialiser ses souvenirs. La Créature reprend vie et bredouille. Son balbutiement la ramène à la fin des années 1810, chez Victor Frankenstein, qui a façonné cette Créature repoussante et lui a donné vie. Victor est appelé par Elizabeth, sa bien-aimée, et la rejoint. Ensemble, ils jurent de s’aimer éternellement, tandis que la Créature, cachée, les observe.

Des villageois découvrent l’existence de l’hideuse Créature et en sont terrorisés. Ils l’attaquent et la chassent, sans que Victor et Elizabeth s’en aperçoivent. La Créature erre dans la nature. Elle goûte à une forme de liberté et s’instruit par ses observations. Elle étudie tout particulièrement un vieillard aveugle et sa famille, qu’elle épie à distance, et grâce à qui elle apprend à penser et parler. L’ Aveugle fait la connaissance de la Créature. Il ne la voit pas mais apprécie sa compagnie. Il lui déclare que les êtres sont naturellement bons et qu’il convient de canaliser sa propre violence et bestialité pour s’élever au rang d’homme. Félix, le fils de l’Aveugle, fait alors irruption et, en pensant défendre son père, attaque violemment la Créature, qui prend la fuite.

William, le frère cadet de Victor Frankenstein, joue en pleine nature avec Justine, une domestique de la famille. La Créature les épie. Justine perd l’enfant de vue. William se retrouve alors face à la Créature et à sa propre mort. Au tribunal, Justine est accusée du meurtre de William sous les insultes de la foule rassemblée. Elizabeth prend sa défense, mais des preuves accablent Justine, en particulier le collier que portait William, et qui a été retrouvé sur elle. Victor, à qui la Créature confesse être responsable de la mort de William, garde le silence pendant le procès. Justine est condamnée à mort.

Acte II

2816 : les scientifiques assemblés autour de la Créature souhaitent suspendre leur exploration des souvenirs du monstre. Mais Walton insiste pour continuer l’expérience : ces histoires passées éclairent leur présent, et peut-être cette Créature privée d’amour, en revivant ses traumatismes, sera-t-elle à même de trouver la paix. Retour dans la mémoire de la Créature. Celle-ci a séquestré Frankenstein dans la grotte d’un glacier. Elle se défend auprès de lui : sa cruauté n’est que la conséquence de la souffrance qu’on lui a infligée. Elle renvoie Victor, son créateur, à la responsabilité qu’il a vis-à-vis d’elle, notamment en lui réclamant un alter ego avec qui partager sa vie.

Elizabeth écrit une lettre à Victor, dans laquelle elle se languit de lui et fait part de son incompréhension devant le mutisme de son fiancé. Henry Clerval cherche à faire sortir Victor, son ami, de son laboratoire. Il tombe cependant nez à nez avec la Créature, qui l’inquiète, avant d’apercevoir Victor affairé à la création d’une femme pour le monstre. Victor se ravise cependant et détruit l’oeuvre en cours. La Créature prend alors Henry en otage pour faire chanter Victor : si ce dernier ne poursuit pas le travail entrepris, son ami périra. Face au refus de Frankenstein, la Créature tranche la gorge d’Henry et menace de s’en prendre à Elizabeth.

La Créature dialogue avec Walton. « Mon coeur était fait pour ressentir l’amour et la sympathie ; mais la souffrance l’a détourné vers le vice et la haine », dit-elle. Walton l’encourage à pardonner à Victor son arrogance, et à favoriser ainsi un autre avenir, libéré du ressassement des violences passées. Sur son lit de noces, Elizabeth entend un chant lugubre qui l’effraie : c’est la Créature qui approche. En voyant la Créature, Elizabeth comprend qu’elle est ce que Victor lui cachait. Elle ne la repousse pas et, sachant qu’elles sont toutes deux condamnées, lui témoigne de l’affection. La Créature s’en prend à Elizabeth et la tue, avant de fondre en pleurs. Victor découvre le corps sans vie d’Elizabeth. Il sait que la Créature est l’auteur du meurtre. Il maudit cette création qui devait l’élever au-dessus des hommes mais qui l’a précipité plus bas que terre.

Final

La Créature plaint Frankenstein, qu’elle reconnaissait malgré tout comme son père. Walton assure à la Créature que tous ses souvenirs ont façonné son identité, et qu’elle est par conséquent proprement humaine. Mais la Créature, exerçant ainsi pleinement son libre arbitre, refuse la compagnie des scientifiques et décide de s’immoler.

1° Un Prométhée moderne

L'idée de créer un opéra pour marquer le bicentenaire du roman de Mary Shelley Frankenstein; ou Le Prométhée moderne est né d'une conversation entre le metteur en scène espagnol et co-fondateur du collectif artistique La Fura dels Baus, Àlex Ollé, et le directeur de La Monnaie / De Munt, Peter de Caluwe. Ce tout premier roman de science-fiction a été publié en 1818, deux ans après que Shelley en eût l'idée alors qu'elle séjournait chez Lord Byron près du lac Léman. Interpellée par les développements technologiques et scientifiques de son époque et leurs conséquences imprévisibles pour l'homme et la société, elle a écrit son propre scénario « Et si ». Et, comme dans toute bonne science-fiction, ce scénario va au-delà de la fiction spéculative futuriste. Frankenstein aborde des questions philosophiques et éthiques essentielles qui, transposées jusqu'à nos jours, s'appliquent également aux expériences créatives en biotechnologie, en génétique, en informatique et en médecine.

2° Boulons et coutures

L'adaptation hollywoodienne à succès de Frankenstein en 1931, mettant en scène la vedette Boris Karloff, emprunte les décors et les costumes au tournage de Dracula qui eut lieu la même année, gravant ainsi à jamais dans la mémoire collective l'image d'un monstre léthargique animé par un scientifique fou dans un château gothique. Depuis la représentation de Karloff, la créature apparaît presque toujours dans la culture populaire comme une figure imposante et immortelle, souvent avec une tête angulaire à sommet plat reliée à son corps par des points de suture et des boulons sur son cou pour servir d'électrodes. Mais dans leur opéra du XXIe siècle, Mark Grey et Àlex Ollé reviennent à la source, qu'ils considèrent comme très actuelle. À l'époque des bombes atomiques, du génie génétique, de la bio-sélection artificielle et des médias sociaux, l'écart entre notre capacité d'inventer et notre incapacité à comprendre pourrait être encore plus grand qu'à l'époque de Shelley. Le besoin est plus présent que jamais d'expérimenter une conscience morale et émotionnelle en parallèle avec ce que nous venons de créer.

3° En chambre froide

Grey et Ollé ont demandé au librettiste Júlia Canosa i Serra de transformer le roman en pièce de théâtre et d'actualiser l'anglais poétique de Shelley. L'opéra Frankenstein se déroule dans un avenir indéterminé. Plusieurs scientifiques découvrent une créature gelée dans la glace du pôle Nord. L'un d'entre eux, le Dr Walton, prend les devants en le ramenant à la vie par une expérience audacieuse. Peu à peu, la 'Créature' reprend conscience. Les scientifiques réussissent également à visualiser ces images mentales à l'aide d'un équipement de haute technologie, en s'emparant d'un passé sombre. Les scènes cruciales de ce qui s'est passé il y a tant d'années (dans le roman de Mary Shelley) se manifestent par des flashbacks. Au centre se trouve la relation entre Victor, Elizabeth et la Créature, relation qui devient très tendue à cause du choix de Victor en faveur de sa femme - romance qu’il refusera à sa création.

4° De retour à Bruxelles

Pour le compositeur et concepteur sonore américain Mark Grey, la première mondiale de son premier opéra intégral à La Monnaie / De Munt est une sorte de retour au pays. En 1991, il a travaillé à Bruxelles en tant que bras droit de son compatriote John Adams pour la création de l'opéra La Mort de Klinghoffer de ce dernier. L'écriture musicale de Grey est basée sur une « recomposition » très inventive de divers matériaux musicaux : musique ancienne ou romantique, bruit industriel, sons électroacoustiques, et le langage harmonique de John Adams et Aaron Copland. Lorsqu'ils sont combinés ensemble, ces différents éléments produisent une musique puissante et pleine d’émotions dans laquelle des moments d'énergie intense sont entrecoupés de calme méditation.

5° Beauté américaine

Bien que moins connu en Europe, de l'autre côté de l'Atlantique Mark Grey peut s'enorgueillir d'un palmarès impressionnant, d'abord comme concepteur sonore pour des artistes comme Adams, Steve Reich et Philip Glass mais, depuis ses débuts avec le Kronos Quartet au Carnegie Hall, également comme compositeur. En 2007-2008, il a été compositeur en résidence de l'Orchestre symphonique de Phoenix, où il a composé sa première œuvre d'envergure, Enemy Slayer ; A Navajo Oratorio for baritone, 130 chanteurs et orchestre. Le soliste de la première était Scott Hendricks, qui a depuis tissé des liens solides avec Grey. Après avoir récemment joué à La Monnaie / De Munt dans le rôle de Barnaba dans La Gioconda, Tonio dans Pagliacci et le rôle titre de Macbeth, le baryton américain revient maintenant au théâtre de Bruxelles pour créer le rôle de Victor Frankenstein dans ce nouvel opéra.