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Alfredo Tabocchini

Macerata Opera Festival

La Flûte enchantée

Quand La Flûte enchantée devient Il flauto magico

Opéras | Mozart

Un beau prince tombe amoureux d'une princesse kidnappée. Armés d'instruments de musique, lui et son acolyte chantant organisent une mission de sauvetage qui mettra à l'épreuve leur engagement envers la vérité, l'amour et l'humanité elle-même.

 

Organisant une révolte de masse contre les puissances en place, le metteur en scène britannique Graham Vick a enrôlé une bonne centaine de locaux et d'immigrants comme manifestants occupant des camps de fortune sur les flancs de l'impressionnante scène en plein air de Sferisterio. Chanté dans un italien simple et moderne, le célèbre Singspiel de Mozart prend une vivacité et un courage qui soulignent les racines folkloriques de l'opéra et dont l'action semble se dérouler autour de nous aujourd'hui.

Enregistré le 29 juillet 2018

 

Chanté en italien. Sous-titres en anglais et italien avec la possibilité de traduire automatiquement dans plus de cent autres langues.

Disponible à partir du
08.01.2021 à 19h00 CET

jusqu'au
08.07.2021 à 12h00 CET

TaminoGiovanni Sala
PapagenoGuido Loconsolo
Les Trois DamesLucrezia Drei, Eleonora Cilli, Adriana Di Paola
AstrifiammanteTetiana Zhuravel
MonostatoManuel Pierattelli
PaminaValentina Mastrangelo
Les Trois GéniesIlenia Silvestrelli, Caterina Piergiacomi, Emanuele Saltari
OratoreMarcell Bakonyi
SarastroAntonio Di Matteo
PapagenaPaola Leoci
Sacerdote / ArmigeroMarco Miglietta
ArmigeroSeung Pil Choi
ChœursCoro Lirico Marchigiano “V. Bellini”
OrchestreOrchestra regionale delle Marche


MusiqueWolfgang Amadeus Mozart
TexteFedele d’Amico (Traduction), Graham Vick, Stefano Simone Pintor (Dialogues)
Direction musicaleDaniel Cohen
Mise en scèneGraham Vick
DécorsStuart Nunn
CostumesStuart Nunn
LumièresGiuseppe di Iorio
Mise en mouvementRon Howell
Chef des ChœursMartino Faggiani, Massimo Fiocchi Malaspina

En fuyant un terrible monstre, l'étranger Tamino est sauvé par les Trois Dames de la Reine de la Nuit. Tamino rencontre Papageno, un homme-oiseau au service de la reine. Les Trois Dames montrent au jeune homme un portrait de Pamina, fille de la Reine de la Nuit. Tamino tombe amoureux sur place. Dès qu'il découvre que Pamina a été enlevée par le diabolique Sarastro, la reine arrive en personne pour le persuader de sauver sa fille. Le jeune homme reçoit une flûte magique pour le protéger et Papageno, qui reçoit une cloche magique, comme compagnon de voyage. Les deux partent. Papageno est le premier à atteindre les temples de Sarastro et son étrange apparition effraie Monostato, qui est chargé de garder Pamina. Tamino arrive également aux temples, guidé par Trois Garçons, et rencontre un prêtre qui lui apprend ce qu'est le doute. Alors qu'ils se cherchent l'un l'autre, Tamino, Papageno et Pamina sont capturés et emmenés dans la suite de Sarastro, qui décide que les trois devraient être initiés à leur fraternité par des épreuves. Tamino et Papageno sont envoyés aux épreuves du silence. Les Trois Dames de la Reine se glissent dans le temple et tentent de faire parler les deux jeunes hommes. Tamino résiste, mais Papageno ne peut pas tenir sa langue. Une vieille femme apparaît. Papageno ne peut à nouveau résister à la tentation de parler et est réprimandé par un prêtre. Restée seule, Pamina est rejointe par sa mère qui la presse de tuer Sarastro et de se venger contre lui. Monostato entend tout et veut tourner la situation à son avantage, mais Sarastro le chasse et convainc Pamina de ne pas écouter sa mère et de continuer ses propres épreuves. Ensemble à nouveau, Tamino et Pamina passent les tests du feu et de l'eau et sont admis au bonheur suprême. Papageno, laissé seul et sans compagnon, cède au désespoir. Il s'apprête à se pendre, lorsque les Trois Garçons lui rappellent la cloche magique: la Vieille Femme est ainsi transformée en sa femme idéale, Papagena. La reine vend sa fille à Monostato pour qu'elle soit introduite dans le temple et continue ses plans de vengeance contre Sarastro, mais ils restent emprisonnés dans les ténèbres, tandis que Tamino et Pamina, en tant qu'élus, mèneront l'humanité dans une nouvelle ère.

Une Flûte enchantée comme instrument politique

La Flûte enchantée est souvent présentée comme un conte de fées dans lequel il faut choisir sa voie parmi les forces antagonistes du Bien et du Mal. Le dernier opéra de Mozart raconte les dures épreuves que surmontent Tamino et Pamina, Papageno et Papagena. Dans leur quête d’amour, ces deux couples opposés et pourtant complémentaires traversent les ténèbres pour accéder à la lumière et au bonheur. Ils sont accompagnés tout au long de leur périple par leurs instruments magiques qui les protègent de toutes sortes de dangers.

Depuis la première représentation de Die Zauberflöte le 30 septembre 1791, seulement deux mois avant la mort prématurée de son compositeur, l’opéra n’a cessé de fasciner son public. En effet, chaque individu et chaque génération peut proposer sa propre interprétation de l’œuvre sans pour autant pouvoir prétendre détenir la vérité absolue à son sujet.  
 
Une farce féerique

De nombreuses productions mettent en scène La Flûte enchantée comme un conte folklorique dans la tradition du Polichinelle viennois (« Wiener Kasperl ») et de l’opéra féerie (« Zauberoper ») dans lequel des créatures mythiques font leur apparition aux côtés des vrais personnages tandis que le Bien et le Mal s’affrontent au travers des protagonistes jusqu’à ce que l’amour finisse par triompher.

Ici, la créature mythique est personnifiée par Papageno, lui-même plus semblable à un oiseau qu’à un oiseleur. Avec ces airs de clown maladroit et sournois, il régale le public de ses arias sobres et folkloriques, et confère à l’œuvre un aspect comique et chaleureux.
 
La lumière face aux ténèbres

Ce qui semble être au départ une farce féerique devient progressivement une proclamation des idéaux maçonniques. À mesure que l’action se déroule, des caractéristiques propres à l'héroïsme sont mises en lumière et la dualité illumination-obscurantisme devient un concept majeur de La Flûte enchantée.

Au cours des épreuves qu’ils traversent, les tourtereaux Tamino et Pamina se retrouvent pris en étau entre les forces du masculin et du féminin. La force féminine, la Reine de la Nuit, représente la lune, l’obscurité, le négatif, l’irrationnel et le chaos tandis que son pendant masculin, Sarastro, personnifie le soleil, la lumière, le positif, le rationnel et l’ordre.

Alfredo Tabocchini

Mozart et son librettiste Emanuel Schikaneder étaient tous les deux francs-maçons, membres d’un ordre fraternel enseignant le développement personnel et la philosophie au travers d’une série de rites et de cérémonies. Ces cérémonies sont perceptibles dans l’opéra au cours des épreuves du silence, de l’eau et du feu.

Le public contemporain à Mozart avait très bien saisi l’aspect politique de La Flûte enchantée. Sa position à l’encontre de la féodalité et du clergé a été camouflée en partie et présentée sur scène de manière anodine. Les éléments grossiers issus de la comédie viennoise comme la transformation de la vieille dame en une jolie jeune femme peuvent être interprétés en ce sens.

Pour créer, il faut d’abord détruire : La Flûte enchantée de Graham Vick 

La mise en scène de Graham Vick, radicalement moderne et ouvertement politique, ne tourne pas tout à fait le dos à la tradition. La Flûte enchantée présentée à l’ouverture du Macerata Opera Festival de l’été 2018 ne renie pas ses racines populaires du vaudeville. Il suffit pour s’en convaincre de voir Papageno représenté en livreur de poulet frit. La mise en scène est amusante, pleine d’humour et de malice.

Mozart a fait de son dernier opéra un spectacle comique et populaire. C’est pourquoi je voulais que cette représentation soit connectée à la ville et interprétée en italien.

- Graham Vick

Mais Graham Vick ne serait pas Graham Vick s’il n’abordait pas les grands dilemmes politiques de notre temps. Son style idiosyncratique s’attaque à la triade politique - économie - religion, symbolisée par des modèles réduits de la Banque Centrale Européenne, du siègle social de Apple et de la basilique Saint-Pierre. Il a également engagé comme figurants une centaine de résidents et d’immigrants pour jouer le rôle des manifestants.

Sa détermination à élaborer une mise en scène sur mesure qui parle à un public en particulier est d’autant plus évidente qu’il a fait le choix audacieux de traduire le livret en italien, dans un langage courant et familier. Graham Vick ne souhaitait pas créer une nouvelle Zauberflöte avec et pour des gens qui ne comprennent pas ce qui est en train d’être chanté.

Ce n’est pas si différent de ce qu’a fait Mozart lui-même, en substituant l’italien traditionnellement utilisé dans ses opéras pour créer un singspiel en langue allemande (un drame musical avec des dialogues parlés). Tout comme lui, il n’a pas peur d’innover. « Cette version part du constat très naturel », explique-t-il, « qu’il faut d’abord détruire pour pouvoir créer. Pensez à la fission nucléaire, au Big Bang. C’est dans ce contraste et cette dualité que réside le pivot et le sens de la vie. »