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Michał Leśkiewicz

Poznań Opera

Paria

L’amertume ne révèlera jamais de douceur.

Opéras | Moniuszko

Après avoir mené une série de campagnes victorieuses contre des territoires rivaux, un guerrier gagne la main d'une prêtresse brahmane. Mais quand sa vraie caste est révélée, il risque de perdre plus que son épouse.

 

D'après une pièce de Casimir Delavigne, Stanisław Le dernier opéra de Moniuszko est rarement joué. Poznań Opera le présente dans cette nouvelle production dirigée par Graham Vick pour célébrer le 200e anniversaire de la naissance du compositeur.

Chanté en polonais

Sous-titres en polonnais, français, anglais, allemand et possibilité de traduire automatiquement dans 114 langues.

Disponible à partir du
30.06.2019 à 18h00 CET

jusqu'au
29.12.2019 à 23h59 CET

IdamorDominik Sutowicz
NealaMonika Mych-Nowicka
RatefPavlo Tolstoy
AkebarSzymon Kobyliński
DżaresMikołaj Zalasiński


MusiqueStanisław Moniuszko
LivretJan Chęciński
Direction musicaleGabriel Chmura
Mise en scèneGraham Vick
DécorsSamal Blak
CostumesSamal Blak
LumièresGiuseppe di Iorio
ChorégraphieRon Howell
Chef des ChœursMariusz Otto

Prologue

Idamore, un chef courageux qui vient tout juste de gagner une guerre, se confie à son ami Ratef : il est amoureux de la prêtresse Neala, fille du Grand Prêtre Akebar. La conversation secrète entre les amis est interrompue par un tumulte soudain : un paria est entré dans la zone du bois sacré. Il a enfreint la loi - aucune personne « intouchable » ne peut en aucun cas y entrer - et sa peine pour un tel acte est la mort. La foule en colère poursuit le paria tandis qu'Idamore se porte seul à sa défense.

Acte I

Neala aime aussi Idamore, mais ils savent tous les deux que leurs sentiments sont en contradiction avec les règles du système des castes. Le Grand Prêtre Akebar rassemble les prêtres dans le temple. Il les avertit que la caste des guerriers gagne de plus en plus de soutien parmi le peuple et veut priver les prêtres de leur pouvoir. Akebar connaît les sentiments de Neala, alors il propose la main de sa fille à Idamore, la libérant de ses vœux sacerdotaux. Cette ruse a pour but d'atténuer le conflit croissant entre les prêtres et les guerriers.

Acte II

Akebar appelle Idamore son « fils ». Ce mot rappelle des souvenirs douloureux à Idamore, qui a un secret : lui aussi est un paria. Depuis des années, il vit dans la clandestinité, craignant que quelqu'un ne le reconnaisse comme un « intouchable ». Il avait renoncé à son père et à ses origines, mais maintenant, rongé par le remords, il confesse son secret à Neala. Elle décide de rester avec son bien-aimé jusqu'à sa mort.

Ratef annonce qu'un vieil homme, Zares, est apparu dans la ville pour demander des nouvelles d'Idamore. Neala décide d'accueillir le pauvre pèlerin et de voir ce qu'il veut. Il insiste pour voir Idamore, qui reconnaît le vieil homme comme son père disparu depuis longtemps. Zares exhorte son fils à retourner dans son pays natal, mais l'amour d'Idamore pour Neala lui rend cela impossible.

Acte III

Akebar conduit Idamore à l'intérieur alors que la cérémonie de mariage commence. Zares sort de la foule, accusant Idamore d'hypocrisie. Les participants à la cérémonie ont de la peine pour le vieil homme rejeté qui, dans un élan de chagrin, avoue être un paria. Akebar lui ordonne d'être tué, mais Idamore défend son père. Dans un accès de colère, il avoue aussi être un paria et est tué instantanément par Akebar. Quand Neala comprend ce qui s'est passé, elle annonce qu'elle est désormais la fille de Zares. Pour satisfaire la colère du peuple, Akebar bannit sa fille de sa patrie.

5 choses à savoir sur Paria

1. Une pièce qui provoque

Casimir Delavigne était un poète et dramaturge français. Il obtint une faveur royale alors qu’il était encore jeune : on lui accorda une sinécure pour avoir écrit un dithyrambe célébrant la naissance de Napoléon II. Le succès arriva peu de temps après, lorsqu’inspiré par la bataille de Waterloo, il écrivit trois poèmes émouvants qui touchèrent le cœur des Français. Vingt-cinq mille exemplaires furent vendus et Delavigne fut nommé bibliothécaire honoraire au Palais Royal, sans devoir s'acquitter de ses fonctions. Plus tard, lorsqu'il utilisa sa plume pour les pièces de théâtre, il fut tout aussi chaleureusement accueilli. Il y a d'abord eu la tragédie en cinq actes Les Vêpres siciliennes, puis la courte comédie Les Comédiens, et enfin, Le Paria, qui fut mis en scène en 1821. Avec sa critique librement exprimée de la hiérarchie sociale et de l'établissement - bien qu’en Inde - la pièce devint un succès populaire. Mais elle a aussi suscité le mécontentement du roi, qui ôta à Delavigne sa profession de bibliothécaire.

2. Adaptations italiennes

La pièce attira l'attention de Michele Carafa, le fils d'un duc italien. Jeune homme, il avait étudié la composition sous la direction de Luigi Cherubini - compositeur de Médée - et plus tard, contre la volonté de son père, il abandonna sa carrière militaire et s'installa à Paris pour poursuivre une nouvelle carrière de compositeur lyrique. Gaetano Rossi adapta la pièce de Delavigne en livret et, en 1826, le tragique mélodrame Il paria de Carafa fut joué au Teatro La Fenice à Venise. Cela piqua l'intérêt de Gaetano Donizetti, qui demanda à Domenico Gilardoni d'écrire un nouveau livret à partir des textes de Delavigne et Rossi. Le compositeur acheva son propre Il paria pendant l'hiver 1828, et il fut créé en 1829 au Teatro San Carlo de Naples. Avec six représentations, l'opéra rencontra un succès plutôt modeste ; le musicologue américain William Ashbrook le qualifia néanmoins comme la plus belle réalisation de Donizetti jusque-là.

3. Une fascination de longue date

Bien que le livret de Gilardoni ait été publié, la partition de Donizetti n'a été conservée que sous forme manuscrite. Il est donc peu probable que Stanisław Moniuszko ait connu la musique lorsqu'il a commencé à travailler sur sa propre adaptation lyrique du Paria en 1859. L'historien de l’opéra Piotr Urbański admet qu'il ne peut pas expliquer pleinement la fascination de longue date de Moniuszko pour la pièce de Delavigne, mais que cela a commencé lorsque le compositeur a lu et essayé de traduire la tragédie à l'âge de dix-sept ans. « L'esprit des Lumières apparaît à travers la critique sévère de la religion et de ses institutions, mises au premier plan dans la pièce », explique Urbański. On peut se demander combien de fois, en lisant la pièce, le jeune compositeur a pensé à la lutte pour l'indépendance menée avec succès par les Grecs à l'époque et, plus tard, en composant l'opéra, aux soulèvements et révolutions dont il a été témoin tout au long de sa vie.

4. De nouveaux instruments pour un nouvel environnement

Au cours de sa vie, Moniuszko a été reconnu comme un compositeur polonais important, et aujourd'hui, comme Glinka en Russie, Erkel en Hongrie et Smetana en République tchèque, on l’associe au style national dans l'opéra. Ses opéras les plus populaires - Halka, Hrabina et La Maison hantée - se déroulent tous en Pologne, et l’origine de leurs mélodies et de leurs rythmes peut souvent être attribuée à des danses comme la polonaise, la mazurka, le kujawiak et le krakowiak. L'écriture d'un opéra qui se déroule en Inde était donc un changement par rapport à la norme. Moniuszko a élargi l'orchestre pour inclure un tam-tam, un gong, un contrebasson et une clarinette basse. Harmoniquement et instrumentalement, Le Paria est l'une des œuvres les plus colorées du compositeur. L'ouverture qui, selon les mots du critique britannique Andrew Clements, « se termine en un flamboiement d'une grandeur presque straussienne » et qui est considérée par beaucoup comme la meilleure œuvre orchestrale de Moniuszko, mérite un éloge particulier. Avec son librettiste, Jan Chęciński, il a travaillé sur cet opéra pendant une dizaine d'années, jusqu'à ce qu'il soit finalement créé à l'Opéra national polonais en 1869. Mais après seulement six représentations, et malgré des critiques relativement positives dans la presse de Varsovie, il fut retiré du répertoire. Cela ennuya le compositeur au plus haut point qui, jusqu'à sa mort trois ans plus tard, ne comprenait pas pourquoi ses compatriotes ne s'intéressaient pas à son dernier opéra.

5. Résolution du mystère

Paria est de loin son œuvre la plus mystérieuse. Un mystère, puisqu’après son premier passage éphémère à Varsovie, il tomba dans l’oubli pendant plusieurs décennies. Il attire rarement l'attention des érudits et est largement méconnu, même dans le monde de l'opéra. Il a été produit moins d'une douzaine de fois dans son histoire, toujours en Pologne à l’exception d’une production ; et il n'y a eu qu'un seul enregistrement complet, qui a été dirigé par Warcisław Kunc au Castle Opera de Szczecin et sorti sur le label DUX en 2008. Dans le cadre du bicentenaire de la naissance du compositeur, Poznań Opera House est fier de présenter Paria au monde dans cette nouvelle production innovante. Dirigé par Graham Vick et présenté dans l'immense arène polyvalente de la ville, il place le public au cœur de l'action, suscitant son engagement actif dans le spectacle.  « Mêlez-vous à la foule des acteurs, écoutez l'orchestre, jetez un coup d'œil au chef d'orchestre et sentez cette vibration du Do aigu », nous invite Poznań Opera House. « Faites partie de la révolution ! »