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M. Logvionv

Moscow State Stanislavsky Music Theatre

Guerre et Paix

Plus de 400 personnes sur scène ; le destin d'une nation en jeu

Opéras | Prokofiev

Alors que les destins d'une jeune femme fougueuse, de son fiancé et de leur ami idéaliste s'entremêlent au cours de l'invasion napoléonienne, leurs vies – comme celles de tous les Russes – sont sur le point de changer à jamais.

 

Inspiré du roman épique de Léon Tolstoï, l'opéra de Prokofiev dépeint les tribulations de la société russe alors que les armées de Napoléon se rapprochent des frontières du pays. D'une ampleur monumentale, la production fait appel à plus de 400 personnes sur scène, dont 70 chanteurs principaux et un chœur massif sur scène.

Enregistré le 8 avril 2013

 

Chanté en russe. Sous-titres en anglais et possibilité de traduire automatiquement dans plus de cent autres langues.

Disponible à partir du
26.05.2020 à 19h00 CET

jusqu'au
26.11.2020 à 12h00 CET

Prince André BolkonskyDmitry Zuev
Natacha RostovNatalia Petrozhitskaya
SoniaLarisa Andreeva
AkrosimovaIrina Chistyakova
PeronskaïaLidia Chernykh
Comte Ilia RostovDenis Makarov
Pierre BezoukhovNikolay Erokhin
Hélène BezukhovaKsenia Dudnikova
Anatole KuraginSergei Balashov
DolokhovRoman Ulybin
Princesse MariaVeronika Vyatkina
Prince Nicolaï BolkonskyLeonid Zimnenko
DenisovAndrey Baturkin
Prince Mikhail KoutouzovDmitry Ulyanov
NapoléonArsen Soghomonyan
Platon KarataïevOleg Polpudin


MusiqueSergei Prokofiev
LivretSergei Prokofiev et Mira Mendelssohn-Prokofieva
Direction musicaleFelix Korobov
Mise en scèneAlexander Titel
DécorsVladimir Arefiev
CostumesOlga Polikarpova
LumièresDamir Ismagilov
ChorégraphieLarisa Alexandrova
Chef des ChœursStanislav Lykov

Acte I

Scène 1 Le domaine de Rostov

Par une nuit au clair de lune, le prince Andreï Bolkonsky rend visite aux Rostov dans leur maison de campagne. Désillusionné par la vie, ses pensées sont interrompues par le bruit de Natacha Rostova et de sa cousine Sonya, qui se délectent de la beauté de la nuit de printemps à la fenêtre de leur chambre.

Scène 2 Une salle de bal à Saint-Pétersbourg, le soir du Nouvel An, 1809

Natacha arrive à son premier bal. Parmi les invités figurent le malheureux Pierre Bezhukov et sa femme Hélène, le frère d'Hélène, Anatole, et son collègue Dolokhov, ainsi qu’Andreï Bolkonsky. Pierre encourage son ami Andreï à danser avec Natacha.

Scène 3 La maison du prince Nikolaï Bolkonski à Moscou

Natacha et Andreï sont maintenant fiancés et vont se marier. Le père d'Andreï, le prince Nikolaï Bolkonski, considère que ce mariage est indigne de son fils et avait insisté pour qu'il passe un an à l'étranger dans l'espoir qu’il abandonne cette idée. Natacha et son père rendent visite au prince, mais celui-ci refuse de les voir. C’est donc sa fille, la princesse Marya, qui les reçoit avec un certain embarras. Soudain, le père d'Andreï fait irruption, vêtu de sa robe de chambre, feignant la surprise à la vue des visiteurs. Ses excuses sont pleines de sarcasme.

Scène 4 Une fête chez les Bezoukhov

Anatole déclare sa flamme à Natacha, en lui remettant une lettre d'amour. Malgré l'avertissement de Sonia, Natacha faiblit dans sa détermination à être fidèle à Andreï.

Scène 5 L'appartement de Dolokhov

Avec l'aide de Dolokhov, Anatole planifie sa fugue avec Natacha cette nuit-là.

Scène 6 Chez Maria Akhrosimova, la même nuit

Natacha est chez sa marraine avec Sonia. Elle attend l'arrivée d'Anatole. Quand Anatole apparaît, il tombe sur un serviteur et s'enfuit. Akhrosimova réprimande sa filleule pour ce comportement inacceptable. Natacha reste inconsolable jusqu'à l'arrivée de Pierre. Apprenant ce qui s'est passé, celui-ci révèle qu'Anatole est déjà marié.

Scène 7 Le bureau de Pierre Bezoukhov, plus tard dans la nuit

Pierre affronte Anatole, lui demandant de rendre les lettres de Natacha, de quitter Moscou et de ne jamais parler de l'affaire à personne. Denisov les rejoint et annonce que Napoléon et son armée passent en Russie. La guerre est inévitable.

Acte II

Scène 8 Avant la bataille de Borodino, 26 août 1812

Les préparatifs pour la bataille contre les Français sont en cours. Une rencontre fortuite entre Andreï, désormais plongé dans les affaires de la guerre, et Denisov, qui avait lui-même espéré épouser Natacha, provoque chez Andreï des souvenirs affectueux mais amers de Natacha. Pierre, toujours civil, est venu observer la bataille. L'armée russe défile devant le maréchal Koutouzov. 

Scène 9 La redoute de Chevardino pendant la bataille de Borodino

Napoléon et ses généraux observent le déroulement de la bataille. Il est perplexe devant son incapacité à obtenir la victoire rapide qui avait pourtant marqué ses campagnes précédentes.

Scène 10 Fili, 1er septembre 1812

Koutouzov et ses généraux débattent pour savoir si la ville doit être abandonnée aux ennemis afin de sauver l'armée et le pays. Koutouzov décide d'abandonner Moscou aux Français.

Scène 11 Une rue de Moscou, septembre 1812

Moscou, désormais sous occupation française, a été abandonnée par l'armée, l'aristocratie et la plupart de ses citoyens ; l'armée française pille les maisons désertes. Pierre est resté sur place, avec l'intention d'assassiner Napoléon. Il rencontre la gouvernante et la bonne des Rostov, qui ont des nouvelles de Natacha et de sa famille. Les Moscovites commencent à mettre le feu à la ville et Pierre est arrêté, soupçonné d'incendie criminel. Il est libéré du peloton d'exécution au dernier moment et se lie d'amitié avec Karataev, un autre prisonnier.

Scène 12 Un village à l'extérieur de Moscou

Les Rostov ont aidé à évacuer de nombreux soldats blessés, dont Andreï. Natacha va le chercher au milieu de la nuit. Andreï, délirant de douleur, lui pardonne tout et tous deux imaginent la vie qu'ils auraient pu mener.

Scène 13 Sur la route de Smolensk, fin 1812

L'armée française, qui a abandonné Moscou, bat en retraite. Parmi les prisonniers se trouvent Pierre et Karataev. Epuisé par la marche, ce dernier est abattu lorsqu'il ne peut plus suivre. Pierre et les autres prisonniers sont libérés par un groupe de partisans sous le commandement de Denisov et Dolokhov. Le maréchal Koutouzov arrive et tous fêtent la victoire.

L'ultime opéra épique

Guerre et Paix de Tolstoï, sans doute le plus grand roman de tous les temps, n’a nul besoin d’amélioration. Il a pourtant été adapté en film, en téléfilm... et en opéra. Comment Prokofiev a-t-il osé se lancer un tel défi, de prime abord impossible ?

Le brillant compositeur iconoclaste des premières années de la révolution russe dut émigrer en Occident pour réaliser ses premiers opéras : Le Joueur d'après Dostoïevski et la fantastique fable comique L'Amour des trois oranges d'après Gozzi. L'opéra qu'il considérait comme son chef-d'œuvre, L’Ange de feu, ne fut néanmoins jamais joué de son vivant. La frustration de cet échec provoqua sans doute en partie son retour au pays natal dans les années 1930. La citoyenneté soviétique exige la soumission à la censure culturelle, mais Prokofiev avait alors laissé derrière lui sa jeunesse rebelle et s'orientait de plus en plus vers un « héritage classique » russe, composant entre autres la musique des films épiques d'Eisenstein sur Ivan le Terrible.

Le premier projet que Prokofiev consacra à l’œuvre de Tolstoï, bien qu'inachevé, fut Résurrection mais, selon Mira Mendelson, qui allait devenir sa seconde épouse, ce fut la lecture à haute voix de Guerre et Paix, et en particulier de l'épisode où Natacha Rostova rend visite à Andreï Bolkonski à l'hôpital, qui embrasa sa créativité. Cet épisode devint l'avant-dernière scène d'une liste initiale de 11 scènes qu'il choisit de mettre en musique. Étonnamment, deux des scènes les plus célèbres de la version finale sont absentes de la première esquisse : le bal où Natacha est présentée à Andreï, avec son irrésistible valse qui rappelle les grandes partitions de ballet de Prokofiev ; et le Conseil de Fili avec le magnifique air du général Koutouzov, le chef de l'armée russe contre Napoléon.

Cette dernière insertion, demandée par le chef d'orchestre Samuil Samosud et adaptée d'une mélodie folk composée pour Ivan le Terrible, trahit la pression exercée sur Prokofiev pour renforcer le caractère patriotique de la partie de l'opéra consacrée à la guerre, à l’époque où la Russie était plongée dans une autre grande guerre patriotique dans les années 1940. Il serait facile d'accuser Prokofiev d’avoir succombé au chantage politique pour faire de l'héroïsme de Koutouzov en 1812 un synonyme de la direction courageuse de Staline 130 ans plus tard ; mais, dans une belle représentation comme celle donnée par le Stanislavsky Music Theatre, il est impossible de résister à la sincérité et à la ferveur de la défiance russe dans la défense de leur terre, en particulier lorsque plus de 300 interprètes enflammés foulent la scène !

Ce qui peut sembler à première vue une division grossière en 7 scènes de Paix dans la première partie et 6 scènes de Guerre dans la deuxième partie se révèle être une distillation beaucoup plus subtile des éléments centraux du roman épique de Tolstoï. Inévitablement, les détails minutieusement observés et la philosophie profonde de Tolstoï sont quelque peu réduits, mais il est remarquable de noter tout ce qui es conservé. Le contraste entre la vieille maison aristocratique russe de Rostov dans la scène 3 et l'ambiance mondaine française du salon d'Hélène Bezoukhov dans la scène 4 de la première partie préfigure les contrastes entre les campements des armées russe et française dans la deuxième partie. L'ombre d'une guerre imminente plane sur la première partie et la nouvelle de l'invasion de Napoléon offre un rideau étonnant à l'acte entier. Le voyage vers la vision élcairante de l'intellectuel pacifiste Pierre Bezoukhov devient le fil conducteur de la représentation de la guerre dans la deuxième partie. L'amitié improbable de Pierre avec le paysan Platon Karatayev sur la route de Smolensk devient le pendant des retrouvailles de Natacha avec Andrey, qui se meurt.

L'effusion lyrique d'Andreï sous le ciel nocturne paisible de la première scène de l'opéra est un véritable cadeau aux barytons, mais c'est Natacha qui domine la première partie. Sa fraîche innocence est établie dès l'ouverture ; l'enchantement du premier bal, où sa timidité se fond dans l'amour naissant ; sa sensibilité à la séduisante flatterie d'Anatol Kouraguine ; son humiliation chez les Bolkonsky ; et plus encore le sentiment nostalgique lié à la perte de la jeunesse et de tout ce qui lui est le plus cher. Les longues lignes mélodiques qui expriment ses émotions contradictoires font de ce rôle l'un des plus aimés du répertoire de soprano, comparable à Tatiana dans Onéguine.

Les destins d'Andrey et de Natasha deviennent subsidiaires à l'effort de guerre dans la deuxième partie. On s'émerveille plutôt de l'habileté avec laquelle Prokofiev dessine l'irritation croissante de Napoléon ; les différents personnages des généraux russes esquissés en quelques lignes seulement ; la dévastation de Moscou en flammes ; l'hiver amer de la grande retraite. Il prend ici pour modèle Moussorgski, avec sa juxtaposition de scènes contrastées. Pourtant, lorsqu'on entend les « pi-ti-pi-ti-pi-ti » tolstoïens, d'une insistance obsédante, du chœur tandis que Natacha implore le pardon d’un Andrey mourant, on reconnaît la voix unique de Prokofiev.