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20 shots d’opéra : la création des costumes

20 opéras, 27 interprètes et plus de 50 costumes : la costumière Katie Davenport a certainement eu du pain sur la planche en travaillant sur 20 shots d’opéra. Mais comment cela se passe-t-il lorsque l’on crée des costumes pour 20 opéras différents en même temps ?

Travailler sur plusieurs opéras en même temps est un vrai défi. Comment vous êtes-vous organisée ?

Katie Davenport : Il a fallu un certain temps pour se mettre dans le bain. Sarah Bacon (conception des décors), Paul Keogan (lumières) Hugh O' Conor (réalisateur de la série) et moi-même avons commencé à travailler avec chacun des 15 metteurs en scène, les équipes techniques et la salle de répétition virtuellement sur Zoom. Il était alors pour moi plus simple de considérer les 20 pièces comme un grand opéra avec des scènes nombreuses et variées, un ensemble avec quelques motifs récurrents en termes de couleurs et de formes. C'était super. Un peu fou aussi.

Combien de personnes ont travaillé avec vous à la préparation de ces costumes ?

4 personnes dans l’atelier dirigé par Monica Ennis, la responsable des costumes. Caroline Butler et Nicola Burke étaient les assistants aux costumes et les responsables par intermittence les jours de tournage. Denise Assas a réalisé 4 merveilleux costumes, parmi lesquels la robe en tulle chair et rose de Michelle O'Rourke pour Poussière (Dust) qu’elle a cousue à la main. Carole Dunne et Paula Melian ont supervisé ensemble la coiffure et le maquillage.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le processus de création des costumes pour 20 shots d’opéra ?

L'équipe de conception a commencé à travailler environ une semaine avant le début des répétitions. Nous avons eu 6 semaines pour rencontrer les metteurs en scène, dessiner et élaborer les costumes à temps pour les jours de tournage.

En temps normal, je fais des recherches et des dessins plusieurs mois avant une production, mais pour ce projet nous sommes passés directement aux répétitions et j'ai commencé dès le début à travailler intuitivement avec les tissus et les couleurs.

Nous organisions d’abord une première rencontre avec le metteur en scène pour discuter de la musique et d’une première vision du film, comme une image ou une idée de la façon dont la caméra se déplacerait dans la pièce, et ensuite une journée ou deux de travail de conception avant de s'approvisionner auprès de la responsable des costumes et de dessiner un modèle pour le metteur en scène.

Il fallait que le travail et la communication se fassent très rapidement. J'avais plaisanté avec Sarah Bacon à un moment donné, en lui disant que c'était un peu comme si nous nous entraînions pour des olympiades de design en imaginant de nouvelles atmosphères chaque jour.

Lorsque nous avons commencé à travailler sur le calendrier de tournage, nous avons tourné deux films par jour (des tournages de trois heures) et préparé les costumes du lendemain entre les tournages.

Combinaisons chaudes, combinaisons antidéflagrantes, vêtements de travail contre les éclaboussures de produits chimiques, gants et visières en latex bleu brillant : tout un assortiment d’équipements de protection apparaît dans de nombreuses pièces. C’est un thème qui révèle l'époque à laquelle ces films ont été tournés. Et puis, à l'opposé, comme un antidote, la peau et la nudité sont un autre élément visuel important dans la conception des costumes. À cette époque, j'étais également très attirée par la soie et par la façon dont elle prend et réfléchit la lumière, alors je l'ai utilisée dans des scènes où il y avait beaucoup de lumière interne et de mouvements de caméra. La simplicité de certains opéras avait quelque chose de charmant. Dans un des films, le seul costume était composé de deux perruques noires, des coupes au carré asymétriques. Nous sommes rapidement passés de la tenue noire cinématographique à la robe en couleurs, pour ensuite revenir aux vêtements d’intérieur.

 

Quel est votre costume préféré dans 20 shots d’opéra ?

Michelle O’Rourke, l'Anti-Vénus dans Poussière (Dust), qui exprime la mort de la biodiversité. La robe était douce, délicate, féminine, mais aussi terreuse, aquatique et charnue avec la peau exposée à travers de légères couches de tulle. À la fois élégante et un peu maladive. Au cours de cet opéra, Michelle perd cette seconde peau alors que le monde se dissipe autour d'elle dans la dystopie. La robe et les gants ont été réalisés par Denise Assas.

Quel est le costume le plus inhabituel que vous ayez réalisé pour 20 shots d’opéra  ?

Claudia Boyle en microbiologiste dans une combinaison jaune vif en PVC pour les produits chimiques avec une poche supplémentaire pour ranger les beignets.

Est-ce différent de travailler pour le cinéma plutôt que pour la scène ?

Oui, c'est différent. Je travaille généralement pour le spectacle vivant : le théâtre, l’opéra, la danse. Le cinéma évolue à un rythme différent et avec une technologie différente. En revanche, le processus de conception est essentiellement le même : ressentir une première impression en réaction au texte, travailler à l'instinct pour trouver un moyen de révéler l'histoire d'un personnage à travers les vêtements. Savoir quand s'arrêter. Dans toutes les formes d'art, en tant que créateurs de costumes ou de vêtements, nous remodelons toujours les masques et les costumes de nos traditions, d'une manière ou d'une autre. Le processus de fabrication des costumes et les différentes étapes de rencontre et de création avec les acteurs et les metteurs en scène sont finalement la même expérience de collaboration, que ce soit pour le spectacle vivant ou pour le cinéma.