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Tommi Hakala, Karita Mattila, Tuomas Katajala, Waltteri Torikka, Johanna Rusanen, Miina-Liisa Värelä - photo: Stefan Bremer

Covid fan tutte : Mozart à Helsinki

À l'époque de Mozart, les interprètes n'hésitaient pas à modifier les opéras, à échanger les airs, à passer les sections ennuyeuses ou techniquement difficiles et à retoucher le livret. La notion d'œuvre d'art originale et authentique est une invention moderne. La production 2020 du Finnish National Opera jette ces scrupules par-dessus bord et actualise radicalement Così fan tutte. Il en résulte un regard satirique sur la période de pandémie en Finlande.

Mozart était un homme espiègle et imaginatif qui ne se limitait pas à une pensée conventionnelle. Il serait probablement très enthousiaste quant au projet.

Esa-Pekka Salonen, chef d'orchestre

Le compositeur et chef d'orchestre principal du Philharmonia Orchestra de Londres, Esa-Pekka Salonen, s'est envolé pour sa ville natale d'Helsinki lorsque la pandémie a éclaté, où il a imaginé le projet avec la soprano finlandaise Karita Mattila.

« Nous ne nous moquons pas de la tragédie et de la crise du Covid-19. L'œuvre raconte simplement la réalité dans laquelle nous vivons », précise M. Salonen. « On pointe souvent l’opéra pour son manque de modernité et de réaction face aux problèmes contemporains. Cette œuvre traite précisément de notre époque et de nos contemporains. »

Stefan Bremer

BANDE-ANNONCE

Une réaction aussi rapide s’est avérée possible puisque Covid fan tutte a été créé en moins de six mois au lieu des quelques années qu'il faut habituellement pour mettre en scène un nouvel opéra. La librettiste Minna Lindgren, qui a entièrement réécrit le livret de la production, réfléchit au manque de temps : « Même Mozart savait que l'impresario qui se déchaîne est la meilleure inspiration d'un artiste ».

Je crois que nous pourrons rire ou au moins sourire de nos expériences communes une fois que nous aurons vu à quel point elles s'accordent avec la musique de Mozart. Cet opéra ne parle pas d'une maladie grave, de nos peurs, ni même de la mort. J'espère que la magie unique de l'opéra de Mozart nous fera tous nous arrêter et apprécier une simple histoire mise en musique.

Minna Lindgren, librettiste

La décision de condenser Così fan tutte était stratégique, car l'opéra peut être joué avec un petit orchestre et sans chœur pour assurer la distanciation sociale. Comme Così fan tutte est un « opéra à numéro », à savoir composé de morceaux de musique individuels, Lindgren a pu choisir les airs qui convenaient le mieux à leur projet. « Nous avions besoin d'un duo insouciant, d'un air tendre, d'un autre ardemment énergique et d'un autre plein de rage. Un quintette déterminé ouvre la conférence de presse du gouvernement, tandis que son tendre équivalent évoque la fragilité des personnes âgées ».

Dans cette nouvelle histoire fragmentée, Lindgren a laissé de côté les récitatifs et a adopté ce qu'elle appelle « l'approche des contemporains de Mozart en matière de droits d'auteur » en offrant à l'équipe de Jussi Nikkilä la totale liberté de modifier ses lignes. L'ordre original de la musique a été modifié afin d'éviter les rebondissements inutiles de l'intrigue. Le rôle de Despina, interprété par Mattila, a pris de l'importance dans cette version et la soprano s’approprie à plusieurs reprises les parties de baryton de Guglielmo et Alfonso. Les auditeurs attentifs reconnaîtront un air de Don Giovanni et un autre de La Flûte enchantée. L'aria alternatif pour baryton, issu de la première mondiale de Così fan tutte à Vienne et rarement interprété, se révèle particulièrement savoureux. Les interludes nécessaires, les parties de clavier et le flip dans l'ouverture ont été composés par Esa-Pekka Salonen.

Ce que vous allez vivre ici est un opéra de Mozart tel que vous ne l'avez jamais entendu auparavant : chanté en finnois, joyeusement irrévérencieux et tout à fait d'actualité. Covid fan tutte : personne d'autre ne l’a fait (comme le Finnish National Opera).