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Frédéric Iovino

Opéra de Lille

Pelléas et Mélisande

Nous ne voyons jamais que l'envers des destinées

Flash-back | Debussy

Ce spectacle n'est plus disponible en vidéo à la demande, mais vous pouvez encore profiter des contenus annexes à la production.

Dans un royaume où jour et nuit se confondent, un prince soupçonne sa mystérieuse épouse d'être amoureuse de son demi-frère. Mais d'où vient Mélisande ? Et que sait-on vraiment de l'amour silencieux des deux héros ?

 

Un seul opéra : il aura suffi de cela à Debussy pour transformer à jamais l’histoire de la musique. L’Opéra de Lille nous présente une Mélisande pleine de vitalité et de détermination, loin de la figure éthérée habituelle. En fosse, sur instruments d’époque, François-Xavier Roth et son ensemble Les Siècles, renommé dans le monde entier, offre des couleurs inédites à une partition que l’on croyait connaître.

PelléasJulien Behr
MélisandeVannina Santoni
GolaudAlexandre Duhamel
GenevièveMarie-Ange Todorovitch
ArkelJean Teitgen
Le médecinDamien Pass
YnioldHadrien Joubert (de la Maîtrise de Caen)
Un bergerMathieu Gourlet
Un chevalierThomas Baelde
Trois mendiantsGil Hanrion, Christophe Maffeï, Mathieu Septier
Trois servantesCharlotte Baillot, Virginie Fouque, Gwénola Maheux
Une petite filleIda Beal
ChœursChœur de l’Opéra de Lille
OrchestreOrchestre Les Siècles


MusiqueClaude Debussy
TexteMaurice Maeterlinck
Direction musicaleFrançois-Xavier Roth
Mise en scène et scénographieDaniel Jeanneteau
Collaboratrice artistique et lumièresMarie-Christine Soma
CostumesOlga Karpinsky
VidéoPierre Martin
Assistant musicalBenjamin Garzia
Assistant mise en scèneAntonio Cuenca Ruiz
Chef de chantNicolas Chesneau
Chef de chœurYves Parmentier

L’action se déroule dans le royaume imaginaire d’Allemonde.

ACTE I
Au cours d’une chasse, le prince Golaud, petit-fils du vieux roi Arkel, s’égare dans la forêt. Près d’une fontaine, il rencontre Mélisande, une jeune femme en pleurs qui refuse d’expliquer qui elle est. Elle s’oppose également à ce que Golaud récupère une couronne tombée à l’eau.
Au château, Geneviève, belle-fille d’Arkel, lit au roi une lettre adressée par Golaud à son demi-frère Pelléas. Le prince y annonce qu’il a épousé Mélisande, bien qu’il ne sache toujours rien d’elle. Redoutant la réaction d’Arkel, il demande à Pelléas de lui envoyer un signe si le roi accepte d’accueillir sa jeune épouse. Arkel y consent, même s’il aurait préféré voir son petit-fils épouser la princesse Ursule après la mort de sa première femme. Pelléas paraît. Marcellus, un ami mourant, l’appelle à son chevet. Mais Arkel refuse de le voir partir alors que Golaud est sur le point de revenir et que le père de Pelléas est également à l’agonie. Golaud regagne le château en compagnie de Mélisande. Lors d’une promenade, Geneviève et Mélisande retrouvent Pelléas près de la mer, au moment où passe le bateau qui avait conduit le couple princier. La mer est calme mais une tempête est annoncée. Geneviève part s’enquérir du petit Yniold, né du premier mariage de Golaud. Pelléas raccompagne Mélisande et lui annonce en chemin son possible départ le lendemain. La jeune femme s’en montre affectée.

ACTE II
Dans le parc, Pelléas emmène Mélisande voir une fontaine qui a la réputation de rendre la vue aux aveugles. Alors que midi sonne, Mélisande perd son alliance dans l’eau.
Golaud est blessé à la suite d’une chute de cheval au douzième coup de midi. À son chevet, Mélisande confie son mal-être à son mari. En lui prenant les mains pour la réconforter, celui-ci constate l’absence de la bague. La jeune femme dit l’avoir perdue dans une grotte près de la mer. Golaud lui ordonne d’aller la retrouver.
Mélisande se rend dans la grotte accompagnée de Pelléas. Ce dernier lui recommande de bien observer les lieux afin d’être en mesure de répondre aux questions de Golaud. Ils remarquent trois pauvres endormis et s’enfuient.

ACTE III
Mélisande peigne ses cheveux à la fenêtre d’une tour du château. Pelléas passe sous la fenêtre et demande à voir ses cheveux dénoués. Il lui annonce son départ le lendemain mais Mélisande le convainc de rester. Sa longue chevelure tombe jusqu’à Pelléas, qui s’en extasie. Golaud les surprend et les réprimande.
Le lendemain, Pelléas et Golaud pénètrent dans le souterrain du château, d’où s’échappe une odeur de mort. Quand ils en sortent, à midi, Golaud demande à son demi-frère d’éviter sa femme, d’autant que Mélisande est enceinte.
Le soir, devant le château, Golaud interroge son fils Yniold sur la nature de la relation entre Pelléas et Mélisande. Sa jalousie lui faisant perdre la tête, il ordonne au petit garçon d’épier la jeune femme.

ACTE IV
Pelléas demande à Mélisande de le rejoindre le soir même près de la fontaine des aveugles. Son père étant guéri, il s’apprête à partir.
Arkel confie à Mélisande la peine que lui causait l’ambiance de mort qui régnait au château, et l’espoir que lui apporte désormais cette guérison. Golaud surgit, fou de jalousie. Il malmène Mélisande au point qu’Arkel doit intervenir.
Dans le jardin, Yniold cherche à récupérer une balle d’or tombée sous un rocher. Il voit passer des moutons, que le berger empêche d’aller à l’étable.
Près de la fontaine, Pelléas attend Mélisande, déterminé à lui faire ses adieux. Quand elle paraît enfin, Pelléas lui explique qu’il doit partir parce qu’il l’aime. Mélisande lui avoue son amour en retour et les deux amants s’embrassent. Golaud les surprend. Il frappe Pelléas d’un coup mortel et se lance à la poursuite de Mélisande.

ACTE V
Au chevet de Mélisande, Golaud s’en veut d’avoir blessé sa femme. Le médecin tente de le rassurer : la blessure n’est pas mortelle. Quand Mélisande se réveille, Golaud demande à rester seul avec elle. Il veut savoir si elle a aimé Pelléas d’un amour coupable, ce que dément la jeune femme. Golaud refuse d’y croire et s’emporte. Arkel rentre dans la chambre et présente à Mélisande la petite fille qu’elle a mise au monde dans son sommeil. Tandis que Golaud tente une nouvelle fois de lui parler, la jeune femme s’éteint. Arkel recommande de prendre soin du nouveau-né : il doit vivre à la place de sa mère.

Faire parler le silence

Pelléas et Mélisande à l’Opéra de Lille

Un seul. Il aura suffi d’un seul opéra à Debussy pour marquer l’art lyrique à jamais. Dès sa création en 1902, l’œuvre s’impose comme un incontournable du répertoire et tourne définitivement une page dans l’histoire de la modernité. Elle le fait avec fracas, déclenchant une tempête dans le monde artistique de l’époque. À quelques jours de la première, Maeterlinck écrit dans Le Figaro que l’œuvre sera « jouée contre son gré », lui souhaitant « une chute prompte et retentissante ». La censure s’indigne qu’un théâtre subventionné montre sur scène un enfant obligé d’épier des amants. Le jour de la générale, on distribue un tract satirique à l’extérieur de l’Opéra Comique, tandis que dans la salle, amis et détracteurs du compositeur s’interpellent violemment. Un même déchaînement d’opinions contradictoires ne manque pas de déchirer la critique. Toute cette agitation ne saurait pourtant contraster davantage avec la retenue et l’opalescence de la musique de Debussy. Une musique qui donne à entendre le silence et le mystère auxquels nous confronte le texte de Maeterlinck, sous des mots apparemment simples, murmurés dans le dédale d’épaisses forêts et de sombres souterrains.

Imprégné par la dramaturgie symboliste, le metteur en scène Daniel Jeanneteau, avec le concours de sa collaboratrice Marie-Christine Soma, cherche dans cette mise en scène à l’Opéra de Lille à maintenir intacte l’ambivalence des personnages, et singulièrement celle de Mélisande. À la fois « trop humaine » et surnaturelle, celle-ci fait irruption dans une famille dont elle révèle, par sa présence, les paradoxes et le fonctionnement clanique. En soulignant le désir de fuite propre à différents membres de cette famille, la mise en scène nous renvoie, entre autres, aux aspirations frustrées et aux rêves inassouvis qui demeurent en chacun de nous.

Ce qu’en dit le metteur en scène Daniel Jeanneteau :

Par-delà les innombrables interprétations dont elle a fait l’objet, Pelléas et Mélisande demeure une œuvre mystérieuse, et ne semble pas avoir livré tous ses secrets. À chaque nouvelle approche surgit le sentiment qu’il faut chercher encore, que, comme dans le travail de l’inconscient, quelque chose fait écran, nous voile l’essentiel, que préjugés, habitudes culturelles, désir du connu, séduction des sentiments et des images nous barrent la route.
C’est dans une quête troublante que nous nous lançons, consentant à la part d’informulé que recèle cette partition pourtant si dense, guidés par la dramaturgie musicale inventée par Debussy, toute en nuances, transitions et métamorphoses reflétant le caractère insaisissable de ce qui se présente comme un mythe mais n’en est peut-être pas un.

Autre révélation de cette nouvelle production de Pelléas et Mélisande, celle de François-Xavier Roth et de son ensemble Les Siècles. Depuis sa formation en 2003, l’orchestre joue chaque répertoire sur des instruments d’époque, conjuguant rigueur de la recherche historique et virtuosité des musiciens. Si Les Siècles ont obtenu une reconnaissance internationale, c’est notamment par leurs interprétations de Debussy, toujours très présent dans leurs programmes de concerts. Mais Pelléas et Mélisande est une première pour l’ensemble, qui vient parachever une exploration au long cours de l’œuvre du compositeur, nous permettant d’en apprécier toujours mieux l’audace, les timbres et les infinis raffinements.

Ce qu’en dit le directeur musical François-Xavier Roth :

On sait que Pelléas et Mélisande est une sorte d’ovni dans la production lyrique internationale. Lorsqu’il écrit l’œuvre, Debussy invente une nouvelle manière de faire de l’opéra, de dire la musique. La notion du temps devient complètement élastique, le texte est dit avec une musique qui ne semble pas mélodieuse. L’orchestre épouse les contours de ce texte et joue un rôle très wagnérien tout à fait nouveau dans la musique française : il annonce, commente, voire complète en musique ce que le texte ne peut pas dire. Ce qui me touche aussi, c’est de voir à quel point Debussy est le compositeur de couleurs expressives si particulières : l’infinie mélancolie, la tendresse blessée, heurtée... Comme en peinture, il y a chez lui une sorte de dégradé d’émotions absolument unique.