Andrea Chenier
Teatro Comunale di Bologna

Andrea Chénier

Giordano
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Chanté en
italien
Sous-titres en
italien
anglais

Inspiré de la vie du poète André Chénier, l'opéra de Giordano, sur un livret de Luigi Illica, retrace fidèlement l'histoire du protagoniste à l'époque de la Révolution française, son amour pour Maddalena di Coigny, son arrestation en tant que contre-révolutionnaire et leurs dernières heures.

Andrea Chénier est l'opéra le plus célèbre du compositeur italien du 19ème siècle Umberto Giordano. Sa quête de naturalisme l'a poussé à inclure les chants révolutionnaires « Ça ira », la « Carmagnole » et la « Marseillaise », ainsi que des danses et des musiques pastorales du 18ème siècle. En contrepoint, on trouve les belles mélodies lyriques qui ont fait la renommée de l'opéra : « Improvviso » de Chénier, « Nemico della patria » de Gérard, « La mamma morta" de Maddalena, et le duo final « Vicino a te ». Le chœur, qui représente le peuple sous toutes ses formes, joue un rôle plus important que d'habitude et le zèle révolutionnaire de leurs chants contribue pleinement à la nature vériste de l'œuvre. La production de 2022 du Teatro Comunale di Bologna est dirigée par la directrice musicale ukrainienne Oksana Lyniv, avec une mise en scène authentique signée Pier Francesco Maestrini.

DISTRIBUTION

Andrea Chénier, un poète
Gregory Kunde
Carlo Gérard
Roberto Frontali
Maddalena di Coigny
Erika Grimaldi
Bersi, sa servante
Cristina Melis
La comtesse de Coigny
Federica Giansanti
Madelon
Manuela Custer
Roucher
Vittorio Vitelli
Pietro Fléville
Stefano Marchisio
Fouquier-Tinville
Nicolò Ceriani
Mathieu aka Populus
Alessio Verna
L'incroyable
Bruno Lazzaretti
L'abbé
Orlando Polidoro
Schmidt / maître de maison
Luca Gallo
Dumas
Luciano Leoni
Filandro Fiorinelli
Antonio Ostuni
Orchestre
Teatro Comunale di Bologna Orchestra
Chœurs
Teatro Comunale di Bologna Chorus
...
Musique
Umberto Giordano
Texte
Luigi Illica
Direction musicale
Oksana Lyniv
Mise en scène
Pier Francesco Maestrini
Décors et vidéo
Nicolás Boni
Costumes
Stefania Scaraggi
Lumières
Daniele Naldi
Chorégraphie et assistant(e) à la mise en scène
Silvia Giordano
Chef des Chœurs
Gea Garatti Ansini
...

VIDÉOS

Trailer

Un avant-goût de Andrea Chénier

Airs magnifiques et chants révolutionnaires : l'opéra vériste rencontre l'histoire de France.

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Extrait

L'improvviso

Le ténor Gregory Kunde chante « Colpito qui m'avete... Un dì all'azzurro spazio » - également connue sous le nom d'« Improvviso » - de l'opéra Andrea Chénier de Giordano au Teatro Comunale di Bologna.

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L'histoire

Acte I

France, 1789. Dans la maison de la comtesse de Coigny, Carlo Gérard et les autres domestiques préparent les festivités du soir. Lorsqu'il reste seul, Gérard exprime son antipathie pour l'aristocratie et prédit la fin imminente de la classe dirigeante. La comtesse, accompagnée de sa fille Maddalena, entre dans la salle de bal afin de vérifier que tout est prêt pour recevoir les invités. Gérard médite sur la beauté de la jeune fille. Les invités arrivent. Parmi eux, Fléville, un romancier, qui entre dans la salle avec son ami, le poète Andrea Chénier. L'un des invités, un prêtre, apporte des nouvelles inquiétantes en provenance de Paris. Suit une courte œuvre dramatique : la représentation d'une pastorale de Fléville. La comtesse demande également à Chénier de réciter un poème, mais il refuse. Maddalena commence à se moquer du poète, le provoquant jusqu'à ce qu'il finisse par céder. Il livre un vers qui commence par un thème romantique, puis devient rapidement politique, pour finir en parabole contre la tyrannie. Les aristocrates sont scandalisés, mais les paroles du poète ont eu un grand impact sur Maddalena. Afin d'apaiser la tension, les invités passent à la danse, qui est interrompue par une foule de personnes affamées. Gérard les a laissés entrer dans la maison, mais les chasse ensuite sur l'ordre de la comtesse, choquée, dont il quitte le service en même temps que les visiteurs indésirables. Les invités tentent de se remonter le moral avec une autre danse.

Acte II

Paris, 1794, la Terreur. La ville est sous l’emprise de Robespierre. Maddalena et sa servante, Bersi, sont venues dans la capitale, où Bersi est devenue une courtisane afin de subvenir à leurs besoins. La jeune fille discute avec un informateur tandis qu'ils observent tous deux Chénier, assis à proximité, et son ami Roucher. Roucher conseille à Chénier de fuir Paris, mais le cœur du poète le pousse à rester : depuis quelque temps, il reçoit régulièrement des lettres d'une mystérieuse inconnue. Roucher le convainc que la mystérieuse fille est très certainement une femme aux mœurs légères, et Chénier, déçu, décide de s'enfuir avec un faux passeport. Gérard, devenu l'un des chefs de la Révolution, charge l'informateur de retrouver Maddalena pour lui, ce que l'espion promet de faire. Bersi s'approche de Chénier et lui remet un message de sa maîtresse : elle demande au poète de l'attendre. Roucher et l'espion observent de loin. Maddalena apparaît habillée en servante, et lorsqu'elle cite à Chénier le poème qu'elle l'a entendu prononcer au bal de Madame de Coigny cinq ans auparavant, le poète reconnaît la jeune fille. Maddalena, qui vivait en grand danger, se réfugie dans les bras de Chénier, et tous deux s'avouent leur amour. Le dénonciateur annonce à Gérard qu'il a retrouvé la dame, et lui et Gérard arrêtent le couple avant qu'ils ne puissent s’enfuir. Le poète demande à son ami de s'occuper de Maddalena ; lui-même se lance dans un duel avec le chef révolutionnaire. Gérard est blessé et, reconnaissant le poète, l'encourage à fuir, car son nom figure sur la liste tenue par Fouquier-Tinville, l'accusateur public du tribunal révolutionnaire. Andrea Chénier s'échappe, mais Gérard annonce à la foule qui se rassemble autour de lui qu'il a été blessé par un inconnu. La foule impute l'acte aux girondins.

Acte III

Dans la salle d'attente du Tribunal révolutionnaire, Mathieu Populus, un peu éméché, s'adresse au peuple. La patrie est en danger : la France est attaquée par toute l'Europe. Gérard, qui s'est remis de ses blessures, apparaît et poursuit le discours de Mathieu. Les gens sont émus et jettent leurs derniers objets de valeur dans la boîte de collecte. Une vieille femme aveugle, Madelon, offre même son petit-fils, dernier membre mâle vivant de sa famille, pour la défense du pays. Le garçon est porté au registre et la foule est bientôt dans la rue pour chanter La Carmagnole, l'hymne révolutionnaire. L'infatigable informateur apporte d'autres nouvelles : Chénier a été capturé. Bien que Maddalena ait disparu, l'espion rassure Gérard : si le dossier contre le poète est suffisamment solide, il peut être condamné à mort, et dans ce cas, il ne sera pas nécessaire de chercher Maddalena, puisqu'elle viendra d'elle-même implorer la vie de son bien-aimé. Gérard rédige les charges contre Chénier et, bien qu'il n'ait pas l'intention de se comporter de manière déshonorante, sa passion pour Maddalena finit par l'emporter. Comme l'espion l'avait prédit, Maddalena arrive. L'aveu d'amour fou de Gérard pousse la jeune fille, qui a déjà beaucoup souffert, au désespoir. Tout le monde est mort autour d'elle, sa mère a été tuée, Bersi a commencé une vie de péché pour elle et Chénier croupit en prison. En échange de la vie de son bien-aimé, elle est prête à se donner à Gérard. Gérard change d'avis et promet à Maddalena qu'il sauvera Chénier même au prix de sa propre vie. Le peuple afflue dans la salle, curieux d'assister aux audiences et aux exécutions. Le jury et le président apparaissent, ainsi que Fouquier-Tinville, l'accusateur public. Enfin, on fait entrer les accusés. Chénier est accusé de trahison, ainsi que d'avoir écrit des poèmes séditieux contre la révolution. Le poète clame son innocence, mais en vain : le tribunal ne le croit pas. Gérard apparaît pour témoigner en sa faveur, admettant que c'est lui qui a rédigé les accusations et qu'il se rétracte publiquement. Fouquier-Tinville reste implacable, et l'on murmure que des pots-de-vin ont été versés dans la population. Le verdict du jury : la mort.

Acte IV

A la prison de Saint Lazare. Andrea Chénier achève son dernier poème et le montre à son ami Roucher. Il se fait tard et le gardien renvoie son ami. Gérard escorte Maddalena à la prison. Avec de l'or et de l'argent, elle paye le gardien afin que, lors des exécutions et de l'appel du nom d'Idio Legray, elle puisse prendre la place du condamné et mourir ainsi avec son bien-aimé. Les amants se retrouvent dans la cellule et se préparent ensemble à la mort. Le jour se lève et l'heure du jugement va sonner.

EN PROFONDEUR

Une introduction à Andrea Chénier

adapté d’un article de Susanna Franchi, rédactrice en chef de Il giornale della musica
 

La prochaine fois que vous irez à Paris, arrêtez-vous au cimetière de Picpus où est enterré le poète André Chénier. Car avant d'être un ténor, il a été un personnage historique, un poète guillotiné le 25 juillet 1794 et enterré dans une fosse commune au Picpus, comme les 1 306 autres personnes guillotinées place de la Nation entre le 14 juin et le 27 juillet 1794. Aujourd'hui, il ne reste de lui qu'un cénotaphe : « André de Chénier. Fils de la Grèce et de la France. 1762-1794. Servit les Muses. Aima la sagesse. Mourut pour la vérité ». Un poète guillotiné, une Révolution française en toile de fond, l'amour d'une comtesse et d'un majordome qui devient chef révolutionnaire : tous les ingrédients d'une série TV à succès sont réunis.

André Chénier est né à Constantinople le 28 octobre 1762. À seize ans, il sait déjà lire le grec et a traduit Sappho, il fréquente l'atelier de Jacques-Louis David et devient l'ami de Vittorio Alfieri, il est secrétaire de l'ambassadeur de France à Londres, défend Charlotte Corday dans une ode, traite Marat de « tigre » et de « serpent » et s'élève souvent contre Robespierre. Il est arrêté à Passy le 7 mars 1794 et emprisonné à Saint-Lazare le 24 juillet. Il est accusé de conspiration et guillotiné le lendemain. Son ami et poète Roucher (qui est sain et sauf dans l'opéra) se trouvait sur la charrette qui le conduisait au gibet. Ensemble, jusqu'à la fin, ils discutent de Racine. Ironie du sort, Robespierre, qui lui avait refusé la grâce, sera exécuté deux jours plus tard. En prison, André écrit l'Ode pour une jeune captive, que son frère Marie-Joseph Chénier décrivait ainsi : « Ode d'André Chénier, massacré le 7 Thermidor avec le malheureux Roucher et vingt autres prisonniers de Lazare, convaincus, comme eux, d’être auteurs ou complices de la conspiration des prisons. On dit que c'est Mademoiselle de Coigny, détenue dans cette même prison, qui a inspiré cette poésie enchanteresse ». C'est cette note qui déclenche l'imagination de Joseph Méry qui, dans son roman André Chénier, invente l'histoire d'amour avec Mademoiselle de Coigny. Mais la réalité est tout autre. Anne-Francoise-Aimée de Franquetot, comtesse de Coigny, avait épousé le duc de Fleury, avait séjourné en Angleterre (« la plus belle Française que j'aie jamais vue » dit Horace Walpole) où elle était devenue la maîtresse du comte Casimir de Montrand. De retour en France, divorcée, elle est accusée de sympathiser avec la maison royale et arrêtée avec Montrand. Tous deux soudoient un geôlier (un peu comme dans l'opéra...) et réussissent à s'échapper. Aimée se lie d'amitié avec l'impératrice Joséphine et meurt à l'âge de 51 ans, en 1820. Un autre fait curieux à connaître sur sa vie est qu'elle a été élevée par une tante, la marquise de Coigny, une femme au charme incontesté dont Choderlos de Laclos s'est inspiré pour le personnage de la marquise de Merteuil dans ses Liaisons dangereuses.

Il faudra tôt ou tard écrire l'histoire de tous les livrets « perdus » par Alberto Franchetti : il avait le livret d'Andrea Chénier qu’il donna à Giordano, il avait celui de Tosca qu’il transmit à Puccini, il renonça à un opéra de l'Innamorata dei fiori qui devint ainsi l'Iris de Mascagni... Le 20 avril 1894, Franchetti écrit à Giordano : « Sachant que vous avez besoin d'un livret, je vous cède volontiers mes droits sur Andrea Chénier, de Luigi Illica, à condition que vous me rendiez les 200 lires que j'ai payées à Illica pour avoir l'exclusivité dudit livret ».

Le librettiste Luigi Illica s'est beaucoup documenté. Sur la première page du livret, il écrit : « Da H. de Latouche, Méry, Arséne Houssaye, Gauthier e J. Ed E. de Goncourt, ebbe l’idea di drammatizzare pel Teatro di Musica il personaggio e attinse dettagli di verità d’epoca. l’A. del libretto ». Sa force réside dans le mélange d'histoire avec un « H » majuscule (Robespierre et Fouquier-Tinville défilent à l'acte 2) et d'histoire avec un « h » minuscule, à savoir le triangle amoureux Andrea-Maddalena-Gérard.

Habituellement, les légendes des livrets ne servent qu'à expliquer qui sort par la droite, qui entre par la gauche, et si le protagoniste brandit une épée ou jette son chapeau par terre par agacement, mais dans le cas d'Illica, il s'agit de véritables dissertations historiques, d'indications précises et d'analyses du comportement des personnages. Le cinéma des frères Lumière naît quelques mois après la première de Chénier, et c'est comme si Illica avait écrit, dans ses légendes, les indications d'un scénario de cinéaste.

En 1903, fort du succès de Chénier, Giordano écrit à Illica les trois règles à respecter pour qu'un opéra soit applaudi : « 1) Le public n'est pas captivé tant qu'il ne voit pas sur scène une langue dans une bouche - 2) Pour réussir, il faut un mouvement qui ne laisse aucune place au bâillement - 3) Car lorsque la musique est faite, tout se tient, et la même mélodie peut servir tous les différents sentiments de ce monde ».

Andrea Chénier est créé le 28 mars 1896 à la Scala : Rodolfo Ferrari dirigeait, Giuseppe Borgatti était Andrea, Mario Sammarco jouait Gérard et Evelina Carrera était Maddalena. « Triomphe complet au premier, troisième et quatrième acte. Le deuxième acte est également apprécié. 20 rappels artistes et maestro », tel est le télégramme que l'éditeur Sonzogno a envoyé à Illica.