Maid of Orléans
Deutsche Oper am Rhein

La Pucelle d'Orléans

Tchaïkovski
Diffusé le Disponible jusqu'au Enregistré le
Chanté en
russe
Sous-titres en
anglais
allemand

En pleine guerre de Cent Ans contre l'Angleterre, les Français se trouvent dans une situation difficile : Paris est tombé, Orléans est assiégé et Charles VII semble s’intéresser davantage à ses affaires de cœur qu’à celles de l'État. Dans cette situation qui semble sans issue, Jeanne, fille de paysan, annonce que Dieu l'a chargée de libérer Orléans. La « Pucelle d'Orléans » est certes victorieuse au combat, mais se perd dans sa passion pour Lionel, un chevalier bourguignon. Les flammes consument une femme déchirée entre l'amour et sa mission divine.

Inspiré par la tragédie de Schiller, Tchaïkovski compose La Pucelle d'Orléans sur la célèbre héroïne française entre 1878 et 1879. Alors que Schiller la voit comme une innocente, momentanément tentée par l'amour pour Lionel, Tchaïkovski permet à Jeanne de s'adonner pleinement à son amour et de mourir dans une extase religieuse. Voilà une héroïne historique qui a quelque chose de la Tatiana d'Eugène Onéguine. La partition de Tchaïkovski est riche de la même passion, avec un tumulte orchestral, des chœurs grandioses et de magnifiques arias, dont beaucoup sont réservées à Jeanne elle-même. La production de 2023 du Deutsche Oper am Rhein a été accueillie avec enthousiasme par le public et la critique, tant pour la mise en scène puissante d'Elisabeth Stöppler (pour un opéra qui présente des défis dramatiques considérables) que pour la performance exceptionnelle de Maria Kataeva dans le rôle de l'héroïne, à la tête d'un excellent ensemble.

Distribution

Jeanne d'Arc
Maria Kataeva
Thibaut d'Arc
Sami Luttinen
Raimond
Aleksandr Nesterenko
Charles VII.
Sergej Khomov
Agnes Sorel
Luiza Fatyol
L'archevêque
Thorsten Grümbel
Dunois
Evez Abdulla
Lionel
Richard Šveda
Bertrand
Beniamin Pop
Confesseur
Johannes Preißinger
Lauret / Un soldat
Žilvinas Miškinis
Ange
Mara Guseynova
Orchestre
Düsseldorfer Symphoniker
Chœurs
Chor der Deutschen Oper am Rhein
...
Musique
Pyotr Ilyich Tchaikovsky
Texte
Pyotr Ilyich Tchaikovsky
Direction musicale
Vitali Alekseenok
Mise en scène
Elisabeth Stöppler
Décors
Annika Haller
Costumes
Su Sigmund
Lumières
Volker Weinhart
Chef des Chœurs
Gerhard Michalski
Dramaturgie
Anna Melcher
...

Vidéos

Trailer

Un avant-goût de La Pucelle d'Orléans

Tchaïkovski et la passion brûlante de Jeanne d'Arc.

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Extrait

L'exécution et la mort de Jeanne (Final)

La mezzo-soprano Maria Kataeva et le chœur du Deutsche Oper am Rhein interprètent l'exécution et la mort de Jeanne dans La Pucelle d'Orléans de Tchaïkovski.

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Extrait

Oh Wonderful, Sweet Dream!

La mezzo-soprano Maria Kataeva (Jeanne d'Arc) et le baryton Richard Šveda (Lionel) interprètent le duo d'amour « Oh Wonderful, Sweet Dream! » de l'opéra de Tchaïkovski La Pucelle d'Orléans au Deutsche Oper am Rhein.

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Extrait

Farewell, you hills and fields

La mezzo-soprano Maria Kataeva interprète l'air de Jeanne d'Arc « Farewell, you hills and fields » dans l'opéra de Tchaïkovski La Pucelle d'Orléans au Deutsche Oper am Rhein.

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En coulisses

Annika Haller (scénographe)

« Quel décor ? C'est une église ! »
Découvrez comment la scénographe Annika Haller a conçu une église grandeur nature sur scène pour la production de l'opéra de Tchaïkovski La Pucelle d'Orléans au Deutsche Oper am Rhein.

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En coulisses

Elisabeth Stöppler (metteuse en scène)

Lors des répétitions, la metteuse en scène Elisabeth Stöppler nous raconte l'histoire de Jeanne d'Arc dans La Pucelle d'Orléans de Tchaïkovski.

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L'HISTOIRE

Acte I
À l’église du village, Jeanne prie pour la paix. Elle tente vainement de retenir les visions angéliques qui lui apparaissent. Sa détresse se heurte à l'incompréhension et aux moqueries des femmes qui l’entourent. Son père, Thibaut, se désespère du caractère réservé et de l’étrangeté de sa fille. Il l'accuse d'être possédée par le diable. Seul Raymond, son fiancé, prend sa défense. La guerre qui frappe le pays se rapproche, et dans le village voisin, les maisons sont brûlées, les champs ravagés, les villages dévastés. Bertrand, un paysan, raconte à la foule rassemblée les horribles conditions de vie sur le front d'Orléans et le siège meurtrier des troupes ennemies. Contre toute attente, Jeanne prédit la victoire du roi sur ses adversaires, la fin de la menace ennemie et à la libération d'Orléans. Soudain, le soldat Lauret annonce que le chef ennemi est tombé au combat. Cette nouvelle fait croire au peuple qu'un miracle s'est produit et il se joint à Jeanne dans de ferventes prières. Jeanne, poussée par sa foi et une intime conviction, abandonne son ancienne vie pour aller au combat. Un autre ange lui apparaît et l’équipe pour la guerre.

Acte II
Le roi Charles est distrait par son amour pour Agnès. Dunois, le commandant de l'armée royale, tente en vain de réfréner les ardeurs du roi et de lui rappeler ses responsabilités de souverain en temps de guerre. Lorsque le soldat Lauret meurt à ses pieds de ses blessures de guerre, le roi veut prendre la fuite. Dunois démissionne et Agnès commence à consoler Charles. Le cardinal apparaît et annonce un miracle : une mystérieuse jeune femme a forcé les troupes ennemies à s'enfuir. Des cris de joie s'élèvent à l'annonce de cette nouvelle et de l'arrivée de cette « vierge » du salut. Jeanne apparaît. Elle révèle au roi Charles qu'elle connaît ses prières les plus secrètes. Celui-ci est séduit. Jeanne décrit ses visions, qui annoncent la victoire de Charles et les fêtes de son couronnement. Charles nomme Jeanne à la tête de ses troupes royales, sous les acclamations de la foule.

Acte III
Lionel, un soldat ennemi, se réfugie au bord du champ de bataille. Jeanne l’affronte dans un combat à mort. Malgré sa supériorité dans le combat, elle se rend compte qu'elle est incapable de le tuer. Confuse, Jeanne lutte contre les sentiments qu'elle éprouve à l'égard de Lionel, tandis que celui-ci cède de plus en plus à son affection grandissante. Dunois revient du front avec la nouvelle d'une nouvelle victoire. Par amour pour Jeanne, Lionel s'engage auprès de Dunois à poursuivre la lutte aux côtés du roi Charles. Accompagné d'Agnès et du Cardinal, Charles fait une entrée triomphale pour célébrer la victoire et commémorer les héros morts. Dans son discours de remerciement, le roi exige finalement de Jeanne la preuve de sa sainteté. Son père, Thibaut, accuse publiquement sa fille d'être possédée par le diable et lui demande de se défendre. Jeanne garde le silence.

Acte IV
Malgré les remords et la douleur qu'elle éprouve en trahissant sa sainte vision et ses idéaux, Jeanne avoue son amour pour Lionel. Lorsqu'ils se retrouvent, ils s’abandonnent l’un à l’autre et rêvent d'un avenir commun. Mais leur bonheur n'est que momentané... Lionel est abattu. Jeanne est consumée par les flammes.

EN PROFONDEUR

Jeanne, une anti-héroïne en temps de guerre

La metteuse en scène Elisabeth Stöppler rencontre la dramaturge Anna Melcher.

 

Anna Melcher : Jeanne d'Arc - aucun autre personnage historique féminin n'a été autant de fois figure symbolique pour autant de causes politiques différentes. Aucun autre n'a inspiré autant d'artistes. Qu'est-ce qui vous fascine chez Jeanne ?

Elisabeth Stöppler : Ce qui est fascinant chez elle, c'est qu'elle brille dans des directions très différentes, voire contradictoires, tout en gardant ses propres secrets. La figure historique de Jeanne d'Arc ne semble pas toujours tangible. L'irrationalité de ses actions a conduit à des transfigurations extrêmes de sa personne tout au long de l'histoire jusqu'à aujourd'hui, ce qui, d'une part, fait d'elle une idole du populisme de la droite française et, en même temps, inspire la communauté LGBTQIA+. Il s'agit d'une femme qui, bien qu'à peine sortie de l’enfance, obtient une audience avec le roi et, sans pouvoir prouver ses visions, le persuade de la placer à la tête de ses forces armées, et qui ensuite, malgré de multiples victoires sur le champ de bataille, tombe en disgrâce politique, est arrêtée, refuse de parler pour se défendre, est condamnée et brûlée, avant d’être canonisée à titre posthume sous la pression publique. Cette histoire est aujourd’hui encore à la fois sinistre et fascinante.

C'est un ange céleste qui annonce à Jeanne qu'elle a pour mission de partir en guerre pour libérer Orléans de l'ennemi et pour l'intronisation du Dauphin Charles. Des voix divines prophétisent également sa victoire. Quel rôle joue la foi dans le récit ?

La foi de Jeanne et sa relation avec Dieu ont finalement été jugées blasphématoires par l'Église de son époque, qui l'a fait condamner, car elle ne pouvait plus la maîtriser au sens propre du terme. Je décrirais la manière de croire de Jeanne comme une forte aptitude à la transcendance, d'où découle une force de conviction radicale ainsi qu'une capacité à entraîner les autres. Que Jeanne croie au miracle de la libération de la France est une chose, mais que les gens l'aient effectivement crue et suivie, que sa foi ait pu développer cet effet concret et finalement déplacer des montagnes, cela me semble être l'aspect essentiel.

Le livret et la musique de Pyotr Ilyich Tchaikovsky expriment beaucoup de choses sur la "gloire" et la "victoire". Les paroles du personnage principal regorgent de cris de guerre, avec lesquels la vierge mobilise tout un peuple. Comment cette rhétorique vous touche-t-elle et comment avez-vous essayé de la contextualiser dans votre mise en scène ?

Lorsque j'ai lu pour la première fois le livret et la pièce de Friedrich Schiller, j'ai trouvé le langage répugnant. C'est précisément ce langage belliqueux qui fait de Jeanne un personnage extrêmement belliqueux et, au début, elle semble tout sauf gagnante, mais plutôt monstrueuse et inaccessible. Bien sûr, cette impression est atténuée par la beauté de la musique de Tchaïkovski. Mais elle intensifie l'élan et l'intransigeance des propos car tous les personnages sont infiniment passionnés et, de surcroît, l'ensemble des masses chorales se mettent au diapason de cette même violence verbale. Au début, Jeanne prêche contre l'insécurité et la répression du peuple et devient ainsi l'héroïne de tout un mouvement. Il est important de montrer ce mécanisme, sur lequel le roi s’appuie également et qu'il utilise avec succès par la suite, à savoir que dans une atmosphère de peur, le pouvoir de l'euphorie soudainement mobilisée engendre une force que même Jeanne, à la fin, ne peut plus contrôler.

Une Jeanne d'Arc peut-elle encore être une héroïne aujourd'hui ?

Nous n'avons plus besoin d'héroïsme aujourd'hui, mais de décisions claires en faveur de la solidarité et de l’humanité, et, en outre, d’un rejet sans équivoque de toutes les théories et conceptions politiques qui méprisent l’homme. De nos jours, Jeanne ne peut être une icône que si elle est en faveur de la vie et de l'amour, et s’oppose à la violence et la destruction. Pour moi, cependant, Jeanne reste malgré tout une anti-héroïne, qui agit toujours de manière contradictoire et obstinée, et qui n’en est que moins apte à être une héroïne.

Les nombreux décors, allant d'une campagne idyllique à une cathédrale gigantesque, sont condensés en un seul espace dans votre mise en scène. Pourquoi ?

Notre histoire se déroule dans une église, comme il en existait et en existe encore dans toute l'Europe. D'une part, un tel lieu sert partout, et encore aujourd'hui, d'espace public où les communautés se rassemblent ; dans le meilleur des cas, il incite les gens à revoir leurs valeurs et leurs croyances, et à les redécouvrir. D'autre part, nous avons choisi cet espace sacré d'unité pour donner à tous les personnages - de la villageoise au cardinal - la possibilité de vivre cet espace comme un lieu de transcendance, de vivre quelque chose d'extraordinaire, voire d'irrationnel. Notre église est toujours un espace de rencontre, puis un abri et, à un moment donné, le seul espace de vie possible - jusqu'à ce que la guerre s’en empare également.

Dans quelle mesure la guerre actuelle en Ukraine a-t-elle influencé votre vision de l'œuvre ?

La guerre européenne en Ukraine, qui nous touche tous depuis février dernier, est au centre de toute la dramaturgie de cette production. Nous ne pouvions et ne voulions pas ignorer la situation actuelle, et nous l'avons fait sans aucun symbolisme, en racontant simplement l'histoire comme s'il s'agissait d'une situation réaliste et intense. Le fait que l'opéra soit chanté en russe renforce le lien entre la mise en scène et la réalité, et rend la crise encore plus douloureuse - car personne ne gagne, si vous attaquez un jour, vous serez attaqué le lendemain.

Au milieu de l'opéra apparaît soudain un personnage qui va tout changer et qui n'est pas un personnage historique : Lionel, un combattant Bourguignon et donc ennemi. Que déclenche chez Jeanne l'affrontement avec ce guerrier ?

Nous montrons Lionel comme un combattant explosif, las du combat, voire de la vie, qui ne trouve plus de sens à la guerre. Je pense qu'il est aussi fort et impitoyable qu'elle, qu'ils se reflètent l'un l'autre dans leur épuisement, qu'ils se retrouvent l'un dans l'autre et qu'ils développent donc une attirance et un amour instantanés. Lionel est la cause des soudains sentiments d'empathie de Jeanne, qui se débarrasse de son apparence d'héroïne de guerre et s'émancipe pour devenir une femme compatissante qui reconnaît et réalise sa responsabilité à l'égard des autres. À cet égard, la figure de la vierge intransigeante atteint une nouvelle complexité grâce à Lionel.

La Jeanne d'Arc historique a finalement été remise par le tribunal de l'Inquisition au "bras séculier" pour être condamnée et exécutée. Dans l'opéra de Tchaïkovski, le procès et la condamnation sont totalement absents. Au lieu de cela, le compositeur place l'histoire d'amour tragique entre Jeanne et Lionel, qui est tué juste avant l'exécution de Jeanne, au centre de son final. Contrairement à Schiller, la Jeanne de Tchaïkovski ne meurt pas sur le champ de bataille mais est brûlée, comme la Jeanne d'Arc historique. Pourquoi Tchaïkovski a-t-il choisi cette fin ? Que cela signifie-t-il pour le personnage de Jeanne ?

Tchaïkovski, qui avait déjà écrit des poèmes sur Jeanne d'Arc dans sa jeunesse, s'est fortement identifié à Jeanne. Pour lui, son amour pesait plus lourd que l'idéal de la foi en Dieu, qui repose en fin de compte sur un commandement inhumain de chasteté, si extrême que la virginité de Jeanne est la condition même de sa crédibilité. Lorsque, dans le final, le compositeur fait choisir à sa Jeanne le sacrifice, lui qui, tout au long de sa propre vie, s'est senti exclu et a été généralement ridiculisé et mis au pilori en raison de son homosexualité, met également en scène sa propre douleur et son propre sacrifice. Il fait en sorte que Jeanne brûle à la fin parce que cela expie son amour interdit pour Lionel, qui l'a détournée de son véritable chemin. Pour moi, cet abandon et ce sacrifice se transforment en une lutte désespérée et restent un dilemme. Finalement, Joan ne se trouve pas devant un tribunal, mais devant sa propre conscience. Elle ne se sacrifie pas seulement, elle meurt dans le chaos d'une guerre qu'elle a elle-même contribué à déclencher et dont elle est en partie responsable. Cela fait d'elle une figure tragique avec laquelle nous pouvons sympathiser et pour laquelle nous pouvons pleurer.