Preloader Operavision
Elena Guseva (Liza) - photo: Oleg Chernous

Moscow State Stanislavsky Music Theatre

La Dame de pique

La vie n’est qu’un jeu de cartes.

Flash-back | Tchaikovsky

Ce spectacle n'est plus disponible en vidéo à la demande, mais vous pouvez encore profiter des contenus annexes à la production.

Épris d'une dame inconnue, un jeune soldat découvre que sa grand-mère détient le secret pour gagner aux cartes. Lorsque la dame lui rend son amour, le bonheur est à portée de main, mais son obsession pour le puissant secret le pousse à la folie.

 

Se déroulant dans la Russie impériale, le thriller tardif de Tchaïkovski portant sur un joueur fanatique est un vrai tour de force qui mêle mélancolie, passion et une imposante orchestration. Si l'opéra a vu le jour grâce à son frère, le librettiste Modeste Tchaïkovski, La Dame de pique est très vite devenu l'obsession personnelle de Piotr I. Tchaïkovski. Il ne lui fallut en effet que 44 jours pour composer ce qu'il considérait lui-même comme un vrai chef-d'œuvre.

Enregistré le 6 novembre 2016

 

Chanté en russe. Sous-titres en anglais et possibilité de traduire automatiquement dans plus de cent autres langues.

Herman Najmiddin Mavlyanov
Liza Elena Guseva
Comtesse Elena Zaremba
Tomsky Alexey Shishlyaev
Yeletsky Evgeny Kachurovsky
Pauline Ksenia Dudnikova
Chekalinsky Sergey Balashov
Surin Denis Makarov
Gouvernante Veronika Vyatkina
Masha Maria Makeeva
Chaplitsky Sergey Nikolaev
Narumov Maxim Osokin
Maître des Cérémonies Kirill Zolochevsky
Orchestre, choeurs, ballet et extras Stanislavsky and Nemirovich-Danchenko Moscow Music Theatre


Musique Pyotr Ilyich Tchaikovsky
Livret Modest Tchaikovsky, basé sur la nouvelle d'Alexander Pushkin
Direction musicale Alexander Lazarev
Mise en scène Alexander Titel
Décors Sergey Barkhin
Costumes Maria Danilova
Lumières Damir Ismagilov
Chorégraphie Indra Reinholde
Mise en mouvement Igor Yasulovich
Chef des Chœurs Stanislav Lykov
Réalisation vidéo Valery Samoilov
Pianiste Ekaterina Dmitrieva

Acte I

À Saint-Pétersbourg, les habitants se promènent alors que la ville connaît un rare instant de beau temps. L’entourage d'Herman discute de son comportement étrange : tous les soirs, il se rend à la maison de jeu, mais au lieu de jouer, il regarde les autres. Herman se livre à Tomsky au sujet de son amour secret pour une jeune femme qu'il ne connaît pas. Quant au prince Yeletsky il reçoit des félicitations pour ses fiançailles. La comtesse entre, accompagnée de sa petite-fille Liza. Yeletsky présente Liza à tout le monde comme sa fiancée. Herman ne peut pas contrôler son anxiété soudaine : c'est la jeune femme inconnue dont il est épris. Les regards de ceux qui assistent au déroulement du drame se croisent. Ils comprennent qu'il existe entre eux un mystérieux lien et chacun pressent alors une sinistre prémonition. Alors que la comtesse s’éloigne, Tomsky raconte comment, des années auparavant, celle-ci a appris du comte St Germain une formule secrète impliquant trois cartes qui garantissent la victoire. Les amis d'Herman plaisantent, suggérant qu'il fasse de la vieille femme sa maîtresse pour découvrir le secret des trois cartes. Une tempête éclate. Herman est laissé seul au milieu de la tempête. Il fait le serment solennel de gagner le cœur de Liza.

Liza passe la veille du mariage avec ses amies. Polina chante une chanson triste suivie d'une danse joyeuse. La gouvernante envoyée par la comtesse gronde les jeunes filles exaltées et raccompagne les invitées. Laissée seule, Liza se met à penser au mystérieux étranger. Soudain, Herman entre dans la pièce. Liza est déchirée entre le sens du devoir et la passion qui grandit en elle. Comme une vision de la mort, la comtesse apparaît. Lorsqu'elle part, Liza déclare son amour à Herman.

Acte II

Liza retrouve Herman au bal. Elle lui donne la clé de la porte secrète qui mène à sa chambre par celle de la comtesse. Le désir d'apprendre la formule des trois cartes domine entièrement l'esprit d'Herman.

Herman entre dans la chambre de la comtesse et s'y cache. De retour du bal, la maîtresse de maison se languit du passé et se remémore sa jeunesse. Herman dévoile sa présence et supplie la comtesse de lui révéler son secret. Ne recevant aucune réponse, il la menace alors. Soudain, Herman se rend compte que la comtesse est morte. À ce moment-là, Liza entre et devient le témoin du terrifiant dénouement.

Acte III

Herman lit la lettre de Liza. Elle le croit innocent et l'attend. Dans un état second, il se souvient des funérailles de la comtesse. Il est persuadé que la défunte lui a adressé un clin d'œil depuis le cercueil. Il voit le fantôme de la comtesse et entend les noms des trois cartes : trois, sept, as.

Liza attend Herman sur le quai. Comprenant qu'il est bien responsable de la mort de la comtesse, elle se jette à l'eau, désespérée.

Herman se rend à la maison de jeu et gagne deux fois de suite. Au cours de la troisième partie, il est opposé au prince Yeletsky. Herman veut tout miser sur l'as qu’il a dans son jeu, mais la carte gagnante s'avère être la dame de pique. Ayant perdu tout son argent, il met fin à ses jours.

5 clés pour aborder La Dame de pique

1° Pouchkine et l'opéra

Comme pour Eugène Onéguine onze ans plus tôt, Tchaïkovski s’inspira de l'œuvre d'Alexandre Pouchkine. La nouvelle gothique de Pouchkine, Pikovaya Dama, écrite en 1833, avait été adaptée deux fois auparavant : en 1850 par Fromental Halévy avec La Juive et en 1864 par Franz von Suppé avec son opérette Pique Dame. La translittération à consonance française Pique Dame du titre original russe a souvent fait référence à l'opéra de Tchaïkovski également.

Pouchkine est généralement considéré comme le plus grand poète russe et le fondateur de la littérature russe moderne. Il n'est donc pas surprenant que son œuvre ait inspiré de nombreux compositeurs russes. Mikhaïl Glinka fut le premier à mettre Pouchkine en musique dans Rouslan et Lioudmila. Nikolai Rimsky-Korsakov, Sergei Rachmaninoff et Igor Stravinski lui emboîtèrent ensuite le pas. L'opéra monumental de Modest Moussorgski, Boris Godounov, peut être considéré comme l'un des opéras les plus influents issus de l'imagination originale de Pouchkine.

2° Les deux Tchaïkovski

« Soit je me trompe terriblement, Modya, soit cet opéra est un chef-d'œuvre », écrivit Pyotr Tchaïkovski à son frère Modest en 1890. Si l'histoire lui donna raison, nous devons remercier son frère. Modest Tchaïkovski commença à écrire le livret pour le compositeur Nikolaï Klenovski en 1887. Très vite, l'idée de convaincre son frère de composer la partition s'imposa à lui. Un an plus tard, Modest lui confessa dans une lettre : « Si tu avais écrit de la musique pour ce livret, j'aurais griffonné mes poèmes avec dix fois plus d'enthousiasme ».

Une fois persuadé, Piotr Tchaïkovski se mit au travail avec fébrilité. Il composa la partition vocale en seulement 44 jours à Florence, après avoir participé activement à la création du scénario et du livret. Tout comme son protagoniste Herman, Tchaïkovski fut de plus en plus obsédé par sa création. La composition de l'affrontement entre Herman et la comtesse l'horrifia, et la mort de Herman l'émut aux larmes. Dans une lettre au grand-duc Konstantin Konstantinovich, il confessa : « Je l'ai composé avec un zèle et un enthousiasme inhabituels, j’ai souffert et ressenti avec une grande intensité chaque élément de l'opéra (à tel point que j'ai redouté pendant un temps l'apparition du fantôme de la Dame de pique), et j'espère que tous mes ravissements, mes peurs et mon enthousiasme d'auteur résonneront également dans le cœur d'un public bienveillant ».

3° Malchanceux aux cartes, malheureux en amour

Dans la nouvelle cynique de Pouchkine, Herman se sert simplement de Liza pour apprendre le secret que détient sa tutrice pour gagner au faro. Lorsque Liza découvre sa trahison, elle le quitte et épouse un fonctionnaire. Herman perd au faro, devient fou et est interné dans une institution psychiatrique.

Les frères Tchaïkovski modifient considérablement l'intrigue. La comtesse n’est plus la tutrice de Liza, ayant été promue au statut de grand-mère. Herman aime sincèrement Liza, son obsession pour le secret de la comtesse ne s'empare de lui que progressivement. Lorsque Liza apprend la vérité, elle met fin à ses jours de façon dramatique. En effet, Tchaïkovski offre à Herman la possibilité d'une existence aimante et déterminée lorsque Herman et Liza tombent amoureux pour la première fois. Mais son avidité compulsive l'amène à la mettre de côté, de sorte que son autodestruction semble terriblement irrationnelle et évitable.

4° De la lumière aux ténèbres

La Dame de pique est une étude sur la trahison, l'ambiguïté et le secret. L’opéra est dominé par un sombre pressentiment, passant de la lumière aux ténèbres, du tangible au surnaturel, de la vie à la mort... Un orage obscurcit le ciel, des bougies sont éteintes, trois personnes meurent la nuit et un fantôme apparaît.
Une telle appréhension se ressent aussi sur le plan musical. Le prélude introduit un motif de la ballade de Tomsky, et un autre apparaît lorsque Herman affronte la comtesse dans le deuxième acte. La chanson de Polina sur l'amour qui mène à la mort apparaît lorsque Herman déclare son amour pour Liza. La numérologie joue un rôle important, tant sur le plan thématique que dans la partition. Les numéros attribués aux trois cartes secrètes – le 3, le 7 et l’as, c'est-à-dire 1 – façonnent l'opéra. Le musicologue Simon Morrison résume la structure de l’opéra en « 3 actes, 7 parties, 1 partition ».

5° Un opéra russe

Alexander Titel, directeur artistique du Stanislavsky and Nemirovich-Danchenko Moscow Music Theatre, qui a mis en scène cette production, partage sa vision de l'opéra. « Quelle est l'essence de La Dame de pique ? Cet opéra est-il une histoire d'amour ? D'une certaine manière, oui. Mais tout opéra l'est aussi. Deux hommes tombent amoureux de la même jeune femme. L'un d'eux est beau, a du succès, vient d'une famille respectable. Toutes les possibilités de la vie s'offrent à lui. L'autre n'est personne - il est en colère, fauché, sans nom. Mais, comme cela arrive souvent, la jeune femme aime ce dernier.
Cet opéra est-il une histoire de jeu ? Je dirais que non. Bien que le jeu occupe ici une place très importante. On pourrait même dire que c'est l'histoire de deux jeux de cartes à un demi-siècle d'intervalle. Le premier se déroule un jour à Versailles au jeu de la Reine. Et le second se déroule 50 (ou 60 ?) ans plus tard à Saint-Pétersbourg. Tout le reste se situe entre les deux.

C'est l'histoire d'un destin qui régit le sort des habitants de cette ville à la grandeur tragique – Saint-Pétersbourg. Elle devient également l'un des personnages principaux – une ville fantôme d'une beauté monumentale construite en à peine 200 ans à une échelle extraordinaire et sans précédent. Une ville périlleuse construite sur des ossements noyés dans le marais, très européenne et très russe à la fois. Une ville qui est inondée de temps en temps. Le berceau de l'Âge d'Or et d'Argent de l'art russe... »